Juan Guaidó reconnu comme président par une vingtaine de pays européens

Juan Guaidó a prédit samedi un mois de février «déterminant» et a appelé ses partisans à une nouvelle manifestation le 12 février.
Photo: Juan Barreto Agence France-Presse Juan Guaidó a prédit samedi un mois de février «déterminant» et a appelé ses partisans à une nouvelle manifestation le 12 février.

L’opposant vénézuélien Juan Guaidó a reçu lundi un important soutien international : une vingtaine de pays européens l’ont reconnu comme président par intérim, aussitôt accusés par Caracas de « soutenir les plans putschistes » des États-Unis.

Espagne en tête, 19 pays de l’UE — dont le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas et le Portugal — ont franchi le pas lundi, au lendemain de l’expiration d’un ultimatum européen demandant au président Nicolás Maduro d’organiser une présidentielle anticipée.

Ces soutiens dénoncés par la Russie, l’un des principaux alliés de Nicolás Maduro, s’ajoutent à ceux des États-Unis, du Canada et d’une douzaine de pays d’Amérique latine, dont la Colombie et le Brésil frontaliers du Venezuela.

« C’est votre reconnaissance, celle des Vénézuéliens, qui n’ont jamais cessé de lutter pour rétablir la démocratie », a réagi Juan Guaidó, 35 ans, en remerciant ces pays.

L’Union européenne reste cependant divisée : l’Italie, dans une position plus attentiste, a bloqué une déclaration commune de l’UE, selon des sources diplomatiques à Bruxelles.

De son côté, le Venezuela a annoncé qu’il allait réévaluer « intégralement » ses relations diplomatiques avec les pays européens reconnaissant Juan Guaidó, les accusant de « soutenir les plans putschistes » en suivant le « scénario des États-Unis ».

Dans la foulée, Washington, qui avait reconnu M. Guaidó dès le jour de son autoproclamation comme président, s’est félicité de la décision des Européens et a invité tous les autres pays à en faire de même. Donald Trump avait réaffirmé dimanche que le recours à l’armée américaine était « une option » envisagée face à la crise.

Les appuis de Guaidó

Juan Guaidó, le président social-démocrate de l’Assemblée nationale, contrôlée par l’opposition, s’est autoproclamé président par intérim le 23 janvier en invoquant la Constitution. Il considère Nicolás Maduro comme un usurpateur pour s’être fait réélire lors d’une élection contestée par une grande partie de la communauté internationale, avec ses adversaires en prison ou en exil.

Nicolás Maduro a rejeté l’ultimatum des Européens dans un entretien avec la chaîne de télévision espagnole La Sexta diffusé dimanche soir. « Je ne vais pas lâchement me laisser tordre le bras », a-t-il déclaré dans cet entretien réalisé la semaine dernière.

Parallèlement lundi, Ottawa accueillait une réunion de crise des ministres des Affaires étrangères du Groupe de Lima, à laquelle le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, devait participer par vidéoconférence.

En ouverture, le premier ministre canadien Justin Trudeau y a annoncé une aide de 53 millions de dollars canadiens (35 millions d’euros) destinée au peuple vénézuélien.

Pour préserver sa « crédibilité », l’ONU a de son côté décidé de ne participer à aucun des groupes discutant du Venezuela. Son secrétaire général Antonio Guterres s’est en revanche dit disposé à aider les deux camps « à trouver une solution politique ».

Les alliés de Maduro

Soutenu par la Russie, la Chine, Cuba, la Corée du Nord et la Turquie, M. Maduro, 56 ans, accuse les États-Unis d’orchestrer un coup d’État. Il a confié lundi avoir écrit au pape François pour demander son aide et sa médiation.

L’héritier d’Hugo Chavez a rassemblé samedi des milliers de ses partisans à Caracas, exhortant l’armée, pilier de son régime, à resserrer les rangs. Juan Guaidó offre de son côté une amnistie aux militaires s’ils le rejoignent. Jusqu’ici sans succès.

Samedi, lors de son premier discours en public depuis six mois, Nicolás Maduro a relancé l’idée de législatives anticipées dans le courant de l’année, pour remplacer un Parlement dépouillé de l’essentiel de ses prérogatives au profit d’une Assemblée constituante qui lui est acquise.

Aide humanitaire

Le même jour, dans un rassemblement d’opposants, M. Guaidó a annoncé l’arrivée dans les prochains jours d’une aide humanitaire dans des centres de collecte qui doivent être installés de l’autre côté de la frontière, en Colombie et au Brésil, et sur une « île des Caraïbes ».

Les habitants du Venezuela, pays pétrolier et autrefois le plus riche d’Amérique latine, sont confrontés à de graves pénuries de vivres et de médicaments, ainsi qu’à une inflation galopante. Depuis 2015, quelque 2,3 millions d’entre eux ont choisi de s’exiler, sur une population totale de 31 millions d’habitants.

Les États-Unis ont fait savoir qu’à la demande du chef de l’opposition, ils préparaient déjà et « transportaient de l’aide humanitaire » destinée au Venezuela.

Juan Guaidó a demandé à l’armée de laisser passer cette aide, dont Nicolás Maduro affirme qu’elle ouvrirait la porte à une intervention militaire américaine.

Multipliant les mises à l’index lors d’une conférence de presse lundi, M. Guaidó a accusé Nicolás Maduro de vouloir transférer 1,2 milliard de dollars vers l’Uruguay et les militaires de vouloir « voler » ces denrées pour que le gouvernement socialiste les distribue à la place.