Theresa May reste déterminée à mettre en oeuvre le Brexit dans les temps

Theresa May dit vouloir trouver une issue sur le Brexit qui soit susceptible de rallier une majorité au Parlement, Brexiters comme europhiles.
Photo: Mark Duffy Agence France-Presse / Parlement britannique Theresa May dit vouloir trouver une issue sur le Brexit qui soit susceptible de rallier une majorité au Parlement, Brexiters comme europhiles.

La première ministre britannique, Theresa May, a réaffirmé dimanche sa détermination à exécuter le Brexit dans les temps, avec un accord de divorce révisé, tandis que « l’incertitude persistante » a poussé Nissan à renoncer à un investissement en Angleterre.

Le constructeur japonais a abandonné son projet de produire l’un de ses modèles, le SUV compact X-Trail, dans son usine de Sunderland, sa principale implantation européenne. Il sera produit dans son usine japonaise de Kyushu.

« Nous avons pris cette décision pour des raisons économiques, mais l’incertitude persistante autour des futures relations du Royaume-Uni avec l’UE n’aide pas des entreprises comme la nôtre à planifier l’avenir », a justifié Gianluca de Ficchy, le président de Nissan Europe.

L’usine de Nissan à Sunderland — qui a voté à 61 % en faveur du Brexit en 2016 — emploie environ 7000 personnes et sort 500 000 véhicules par an, dont 55 % sont exportés vers l’UE, sans droits de douane, ce qui pourrait changer si le Royaume-Uni rompt avec les 27 sans accord.

« Les conservateurs ont bâclé les négociations [avec Bruxelles] et la menace d’un no deal engendre de l’incertitude et nuit à l’économie britannique », a déploré le chef de l’opposition travailliste, Jeremy Corbyn, sur Twitter.

Censé quitter l’UE le 29 mars, le Royaume-Uni est en plein flou quant à la forme que prendra le Brexit, les députés britanniques ayant massivement rejeté mi-janvier l’accord de divorce négocié avec Bruxelles par Theresa May.

« Idées nouvelles »

La dirigeante conservatrice tente depuis de rouvrir les négociations avec l’UE sur le texte, en particulier sur une disposition concernant la frontière irlandaise, afin de parvenir à un compromis susceptible de rallier une majorité au Parlement. Mais Bruxelles lui a jusqu’ici opposé un refus catégorique.

« Je suis déterminée à mettre en œuvre le Brexit, et déterminée à le mettre en œuvre dans les temps — le 29 mars 2019 », a-t-elle écrit dans une tribune publiée par The Sunday Telegraph.

Elle a ainsi écarté la possibilité d’un report du Brexit, comme l’ont suggéré le ministre des Affaires étrangères Jeremy Hunt ou le ministre du Commerce extérieur Liam Fox, afin de permettre l’adoption de la législation nécessaire à son exécution.

« Quand je retournerai à Bruxelles, je me battrai pour la Grande-Bretagne et l’Irlande du Nord, je serai armée d’un nouveau mandat, d’idées nouvelles et d’une détermination renouvelée pour convenir d’une solution pragmatique qui mette en œuvre le Brexit », a-t-elle insisté.

Mme May s’appuie sur un amendement voté mardi au Parlement qui demande des « arrangements alternatifs » au « filet de sécurité » (ou « backstop »), une clause controversée, côté britannique, visant à éviter le retour d’une frontière physique entre l’Irlande du Nord britannique et la République d’Irlande.

« Pas dans notre intérêt »

La cheffe de l’exécutif s’est engagée à faire voter un accord remanié « dès que possible ». Dans le cas où elle ne l’obtiendrait pas d’ici au 13 février, elle organisera un vote à la Chambre des communes le 14 février pour laisser les députés s’exprimer sur ce qu’ils veulent.

Mais à moins de deux mois du Brexit, un échec pourrait entraîner une sortie sans accord, une hypothèse redoutée par les milieux économiques.

Les relations économiques entre l’UE et le Royaume-Uni seraient alors régies par les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), bien moins avantageuses que le dispositif actuel, basé sur la libre circulation des biens.

« Nous serions capables de gérer un tel scénario mais il ne serait pas dans notre intérêt de s’engager sur cette voie », a déclaré Liam Fox sur Sky News.

L’annonce de Nissan est la dernière d’une série de mauvaises nouvelles accablant l’économie britannique.

Fin janvier, Airbus a averti de décisions « très douloureuses » en cas de Brexit sans accord, tandis que Sony a décidé de déménager son siège européen hors du pays.

Le britannique Jaguar Land Rover a prévu d’arrêter sa production pour une semaine en avril, et Toyota a également prévenu d’une interruption temporaire de sa production en cas de Brexit dur.

Le Sunday Times évoque, lui, un projet d’évacuer la reine Elizabeth II de Londres en cas d’émeutes provoquées par un « no deal ». Interrogé par l’AFP, le palais de Buckingham n’a pas commenté.