La Russie suspend sa participation au traité de désarmement nucléaire

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et le président russe, Vladimir Poutine
Photo: Alexey Nikolsky / Sputnik / Agence France-Presse Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et le président russe, Vladimir Poutine

La Russie a promis samedi de développer de nouveaux types de missiles et de suspendre à son tour sa participation à un important traité bilatéral de désarmement nucléaire, au lendemain de l’annonce par les États-Unis de leur retrait de cet accord crucial.

Les deux puissances s’accusent mutuellement de violer le traité sur les armes nucléaires de portée intermédiaire (INF) signé à la fin de la Guerre froide, en 1987. Ce texte abolit l’usage — par eux seuls — des missiles terrestres d’une portée de 500 à 5500 km.

Le président américain Donald Trump a annoncé vendredi que les États-Unis allaient dès samedi « suspendre leurs obligations dans le cadre du traité INF et enclencher le processus de retrait ». Celui-ci « sera achevé dans six mois à moins que la Russie ne remplisse ses obligations en détruisant tous ses missiles, lanceurs et équipements qui violent le texte », a-t-il encore dit.

Le ministère russe des Affaires étrangères a annoncé samedi soir avoir été « officiellement informé » par Washington de son retrait.

« Nos partenaires américains ont annoncé qu’ils suspendaient leur participation à l’accord et nous la suspendons également », a rétorqué samedi Vladimir Poutine, ajoutant que Moscou ne prendrait plus l’initiative de négociations sur le désarmement avec les Américains avant qu’ils aient « suffisamment mûri pour avoir un dialogue d’égal à égal ».

Le vice-ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Riabkov, avait déjà évoqué vendredi l’avenir du traité START de réduction des arsenaux nucléaires, qui arrive à échéance dans deux ans : « Il peut simplement expirer le 5 février 2021 sans être prolongé ».

Le premier ministre russe, Dmitri Medvedev, a de son côté annoncé sur Twitter que des fonds seraient alloués au « financement de la recherche et du développement de nouveaux types d’armements ».

« Le retrait unilatéral des États-Unis du traité INF, en aucun cas provoqué par quoi que ce soit, aggrave la situation en termes de sécurité internationale et de stabilité stratégique », a-t-il déclaré, ajoutant que cela ne resterait pas « sans réponse ».

Disant avoir « fait le maximum possible pour sauver le traité », le ministère russe des Affaires étrangères a affirmé que Moscou « ne déploiera pas d’armements en Europe et dans d’autres régions où il n’y a pour le moment pas de déploiement de missiles américains ».

Vendredi, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo avait assuré que les États-Unis étaient « prêts » à continuer de discuter avec la Russie « au sujet du désarmement », à condition que les résultats puissent être « mis en œuvre et vérifiés ».

Nouveaux missiles

Vladimir Poutine avait déjà menacé de donner son feu vert à la mise au point de nouveaux missiles de portée intermédiaire si les Américains renonçaient au traité INF. Il avait également évoqué l’adaptation d’engins similaires jusqu’alors déployés en mer ou dans les airs — non interdits par le traité — pour pouvoir être tirés à partir du sol.

La décision des États-Unis de se retirer du traité INF leur ouvre également la voie à la modernisation de leur arsenal, comme la mise au point d’un missile nucléaire de faible puissance ou d’un missile de croisière qui violerait le traité INF, deux armements mentionnés dans la nouvelle posture nucléaire américaine rendue publique en 2018.

Le ministère russe de la Défense a accusé samedi les États-Unis d’avoir pris la décision d’abandonner cet accord dès 2017. « Washington a non seulement pris cette décision mais a également commencé les préparatifs en vue de la production de missiles de courte portée et de portée intermédiaire interdits par le traité » il y a deux ans, a-t-il écrit dans un communiqué.

Fin 2018, le président russe avait suggéré d’associer de nouveaux États au traité INF, tels que la Chine, qui dispose de missiles proscrits pour les signataires du traité.

« Course aux armements »

Washington avait donné en décembre à la Russie 60 jours, jusqu’au 2 février, pour démanteler ses nouveaux missiles violant l’accord aux yeux des Américains et de l’OTAN.

La Russie avait pour sa part rejeté ces accusations « sans fondement », reprochant en retour à Washington de ne pas se conformer au traité.

Les premières déclarations officielles sur des violations russes remontent à la présidence de Barack Obama, en 2014, et Donald Trump avait dès octobre évoqué une sortie de cet accord.

Des discussions ces deux derniers mois n’ont abouti à aucun progrès et peu d’observateurs envisagent une percée d’ici au retrait définitif de Washington, début août.

Moscou accuse les États-Unis de chercher son « épuisement économique » par « une nouvelle course aux armements ».

« S’il y a une course aux armements, c’est la Russie qui l’a lancée », a répondu un haut responsable américain. L’OTAN a pour sa part déclaré « pleinement » appuyer la « démarche » américaine.