France: incidents dans des manifestations de «gilets jaunes»

Au centre de Paris, des incidents ont éclaté place de la Bastille, haut-lieu symbolique, lieu de convergence de plusieurs cortèges de «gilets jaunes».
Photo: Zakaria Abdelkafi Agence France-Presse Au centre de Paris, des incidents ont éclaté place de la Bastille, haut-lieu symbolique, lieu de convergence de plusieurs cortèges de «gilets jaunes».

Des incidents ont émaillé des manifestations des « gilets jaunes » qui étaient plus de 20 000 pour le onzième samedi de suite à défiler dans plusieurs villes de France, malgré des divisions au sein de leurs rangs, notamment quant à leur avenir politique.

Quelque 22 000 manifestants ont été recensés en France à 14 h (8 h au Québec) par le ministère de l’Intérieur, contre 27 000 la semaine dernière à la même heure. La mobilisation faiblissait cependant à Paris, où 2500 manifestants étaient recensés contre 7000 samedi dernier.

Au centre de la capitale française, des incidents ont éclaté place de la Bastille, haut-lieu symbolique, lieu de convergence de plusieurs cortèges de « gilets jaunes ».

Vers 16 h (10 h au Québec), les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogène et d’un canon à eau pour repousser des manifestants qui leur jetaient des projectiles et s’appropriaient du matériel de chantier, dans une rue près de la place.

Trente minutes plus tard, de nouvelles salves de gaz lacrymogène ont été tirées. 22 personnes ont été interpellées à Paris, selon des chiffres de la préfecture.

Pour ce onzième acte de manifestation contre la politique sociale et fiscale du gouvernement, les « gilets jaunes » espèrent rester visibles et audibles dans la rue.

Alors que plusieurs sondages créditent Emmanuel Macron d’un regain de popularité, leurs rangs sont divisés, notamment après l’annonce mercredi de la création d’une liste de « gilets jaunes » intitulée « Rassemblement d’initiative citoyenne » aux européennes de mai.

Pour Gilbert Claro, 42 ans, venu de banlieue parisienne, « il y a un noyau dur qui est prêt à se battre encore » mais le mouvement « n’a pas vocation à être politique ».

Dans le plus imposant cortège, initié par une figure historique et controversée du mouvement, Eric Drouet, de nombreuses banderoles demandaient la mise en place du RIC, le référendum d’initative citoyenne, l’une des mesures phares réclamées par les « gilets jaunes ».

« Il faut continuer à mettre la pression par la rue […] pour arriver à faire accepter nos revendications comme le RIC », insiste Virginie, quadragénaire mobilisée au sein des « gilets jaunes » depuis l’acte 1.

« Nuit jaune »

Pour l’heure, le gouvernement ne donne pas suite à cette revendication. Vendredi soir, à l’occasion du grand débat lancé par le gouvernement pour calmer la colère, le premier ministre a même lâché sans ambiguïté : « Le RIC, ça me hérisse ! »

Parmi les manifestants, rares sont ceux convaincus par ce grand débat alors que plus de 1500 réunions de débat-citoyen sont référencées dans toute la France.

« Le grand débat, c’est surtout une grande mascarade. On a l’impression qu’il y a une sélection des gens qui y participent », déplore Mathieu Styrna, un menuisier de 36 ans venu à Paris depuis le nord de la France pour manifester.

Même son de cloche chez Eric Drouet qui estime que le gouvernement veut « gagner du temps ».

D’autres rassemblements avaient lieu samedi en province.

Plusieurs milliers de manifestants étaient recensés à Bordeaux et Toulouse, deux villes du sud-ouest de la France qui sont des bastions de la protestation.

Même affluence à Marseille, où des « gilets jaunes » ont été rejoint par des syndicalistes de la CGT tandis qu’à Lyon, un millier de personnes défilaient dans une ambiance électrique aux cris de « Macron, démission ! »

Des incidents ont été signalés en Normandie (ouest), à Evreux, avec des dégradations devant le siège de la Banque de France et visant des locaux de la police municipale, selon les autorités.

À Paris et dans plusieurs villes de France, les « gilets jaunes » sont appelés à poursuivre leurs manifestations dans la soirée pour participer à une « Nuit jaune ».

Dimanche, au lendemain de cet acte XI, une autre manifestation est prévue : celle des « foulards rouges » pour faire entendre « la majorité silencieuse » et défendre « la démocratie et les institutions », contre les violences qui ont émaillé plusieurs manifestations des « gilets jaunes » depuis novembre.

Pour la première fois samedi, les forces de l’ordre dotées du controversé lanceur de balles de défense (LBD), devaient être équipées de caméras-piétons, pour garantir plus de « transparence », selon le ministère de l’Intérieur, dans l’usage de cette arme non-létale accusée d’avoir éborgné plusieurs manifestants.