Macron lance un «grand débat» pour répondre aux doléances des «gilets jaunes»

Pour le président Macron, la France connaît une série de «fractures», «sociale», «économique» et «démocratique», qui sont à la racine de la colère des gilets jaunes.
Photo: Ludovic Marin Agence France-Presse Pour le président Macron, la France connaît une série de «fractures», «sociale», «économique» et «démocratique», qui sont à la racine de la colère des gilets jaunes.

Le président Emmanuel Macron a donné mardi dans une région rurale du nord-ouest de la France le coup d’envoi officiel d’un « grand débat » qu’il veut « sans tabou », un exercice inédit à l’échelle nationale pour tenter de répondre à la crise des gilets jaunes qui secoue la France.

« Nous pouvons faire du moment que traverse la France une chance » pour « réagir plus fort » et continuer à réformer plus profondément le pays, a lancé Emmanuel Macron devant 600 maires de la Normandie.

Pour le président Macron, la France connaît une série de « fractures », « sociale », « économique » et « démocratique », qui sont à la racine de la colère des gilets jaunes, ces manifestants entrés en rébellion depuis près de deux mois contre la politique sociale et fiscale du gouvernement. « Toutes les questions sont ouvertes » pour ces deux mois de débats auxquels tous les Français peuvent participer et « il ne doit pas y avoir de tabou », a-t-il insisté.

Le grand débat s’articulera autour de quatre thèmes principaux : fiscalité et dépenses publiques, organisation des services publics, transition écologique, démocratie et citoyenneté.

Emmanuel Macron a néanmoins exprimé des réserves sur le référendum d’initiative citoyenne, ou RIC, l’une des revendications les plus partagées par les gilets jaunes. « On ne doit pas créer une situation de concurrence entre les formes de démocratie » directe et représentative, a-t-il ajouté.

Avec « un référendum d’initiative citoyenne qui chaque matin peut revenir sur ce que les parlementaires ont voté, là on tue la démocratie parlementaire », a averti le chef de l’État.

« Quand il y a une décision difficile à prendre, ce sont souvent les représentants qui la prennent, car ils intègrent les contraintes. On prend rarement les décisions difficiles par référendum », a relevé le président français.

« Regardez ce que vivent nos amis britanniques, a-t-il souligné. Le peuple a voté non sur des fausses informations et des mensonges. Et leurs représentants sont incapables de le mettre en oeuvre », a-t-il ajouté, au moment où le Parlement britannique rejetait massivement l’accord de Brexit.

Des pauvres « qui déconnent »

Les édiles normands ont égrené pour leur part les doléances de leurs administrés : manque de médecins ou de transports collectifs, fermetures de maternités, fracture numérique…

D’autres élus ont cité le pouvoir d’achat, la justice fiscale, le niveau des retraites ou l’affaiblissement des services publics en milieu rural.

Emmanuel Macron a retrouvé des accents de campagne pour répondre en détail sur tous les dossiers. Il a ainsi défendu son programme économique, la suppression de l’impôt sur la fortune (ISF). Offensif, il a mêlé logique, chiffres et formules chocs, parfois émaillées d’argot.

Emmanuel Macron a ainsi déclaré vouloir « responsabiliser » les personnes en situation de pauvreté, car « il y en a qui font bien » et d’autres « qui déconnent », des propos qui ont suscité des protestations dans l’opposition, à droite et à gauche.

« Il ne faut pas raconter de craques, a-t-il ajouté un peu plus tard, c’est pas parce qu’on rétablira l’ISF que les gilets jaunes iront mieux. »

« On veut toujours trouver un coupable. J’ai le sentiment de remplir ce rôle à plein, je l’assume. Personne ne m’a forcé à être là », a-t-il aussi affirmé.