RSF dénonce les agressions de journalistes par des manifestants

Des manifestants défilent rue Saint-Antoine, près de Saint-Paul, à Paris, le 12 janvier 2019, au cours d'une manifestation antigouvernementale appelée par le mouvement des «gilets jaunes».
Photo: Ludovic Marin Agence France-Presse Des manifestants défilent rue Saint-Antoine, près de Saint-Paul, à Paris, le 12 janvier 2019, au cours d'une manifestation antigouvernementale appelée par le mouvement des «gilets jaunes».

Le secrétaire général de l’ONG Reporters sans frontières, Christophe Deloire, a lancé dimanche « un cri d’alarme » après des menaces et des agressions contre plusieurs journalistes lors de manifestations samedi de « gilets jaunes ».

« Incontestablement, [samedi], un cap a été franchi », s’est inquiété Christophe Deloire sur le plateau de BFMTV. « On est devant une situation qui est très grave, qui menace d’empirer », a-t-il ajouté.

« Il faut lancer un cri d’alarme aujourd’hui », a poursuivi le secrétaire général de RSF, demandant aux responsables politiques « qu’ils disent qu’ils réprouvent, qu’ils condamnent » ces actes, et que « ceux qui ont la parole au nom des gilets jaunes […] s’en désolidarisent ».

Tout en rendant hommage aux « gilets jaunes » « qui essayent de protéger » les journalistes pris à partie et en reconnaissant le droit de critiquer la ligne éditoriale d’un média, il a montré du doigt d’autres manifestants qui « sont dans un chantage antidémocratique inacceptable qui […] consiste à dire “si vous ne couvrez pas les événements exactement comme on l’entend […], alors on est en droit de vous molester, de vous tabasser et, disons-le, de vous lyncher”».

Samedi, plusieurs journalistes ont été pris à partie ou agressés lors de la couverture de manifestations de « gilets jaunes ». À Rouen, un agent de sécurité qui accompagnait une équipe de LCI a été roué de coups alors qu’il était à terre et a eu le nez fracturé. À Toulon, deux journalistes vidéo de l’AFP ont été menacés alors qu’ils filmaient des échauffourées, avant de trouver refuge dans un restaurant. À Marseille, une journaliste vidéo de France 3 et deux photographes ont été insultés et empêchés de travailler.

Les reporters ne doivent pas être les défouloirs de manifestants irresponsables et haineux

À Toulouse, une journaliste de La dépêche du Midi, insultée et menacée de viol par des « gilets jaunes » cagoulés, a porté plainte dimanche. Son recours vise des « dégradations volontaires », ses agresseurs ayant endommagé la voiture dans laquelle elle se trouvait, siglée au nom de son journal.

À Pau, un journaliste pigiste a reçu un coup de pied à la jambe. Il a indiqué dimanche qu’il allait lui aussi se tourner vers la justice et faire constater sa blessure auprès d’un médecin.

« Aucune colère, aucune revendication ne peuvent justifier qu’un journaliste soit blessé ou agressé parce qu’il fait son travail », a dénoncé dimanche la société des journalistes de TF1 en exprimant son soutien à l’équipe de LCI et « à l’ensemble des rédactions concernées ».

« Les reporters ne doivent pas être les défouloirs de manifestants irresponsables et haineux. La critique est nécessaire, mais la violence est inexcusable », ajoute la SDJ dans ce communiqué.

Dans la nuit de vendredi à samedi, des « gilets jaunes » avaient aussi bloqué le centre d’impression de L’Yonne républicaine et empêché la diffusion de La Voix du Nord.