Toujours pas apaisés, les «gilets jaunes» préparent l’«acte IX»

Après une baisse de la mobilisation pendant les Fêtes, les «gilets jaunes» ont réussi leur pari lors de la huitième manifestation du 5 janvier.
Photo: Charly Triballeau Archives Agence France-Presse Après une baisse de la mobilisation pendant les Fêtes, les «gilets jaunes» ont réussi leur pari lors de la huitième manifestation du 5 janvier.

Le lancement imminent du « débat national » n’y change rien : les « gilets jaunes » préparent de nouveaux rassemblements samedi à travers la France, revigorés par le rebond de participation enregistré samedi dernier, qui a montré leur résistance à l’usure.

Deux mois après la première mobilisation, le mouvement est toujours aussi protéiforme et les figures de son « canal historique » n’ont pas la même stratégie pour le neuvième samedi de mobilisation.

Le chauffeur routier Éric Drouet affiche son intention de retourner à Paris. Mais d’autres figures du mouvement, l’autoentrepreneuse Priscillia Ludosky et Maxime Nicolle, ont choisi une ville du centre de la France, Bourges.

Cette commune a l’avantage d’être « à une distance équivalente des grandes villes », tout en étant « un peu moins connue des forces de l’ordre pour éviter qu’il y ait [de l’encerclement], que la tension monte », a expliqué M. Nicolle.

Après une baisse de la mobilisation pendant les Fêtes, les « gilets jaunes » ont réussi leur pari lors de la huitième manifestation du 5 janvier : avec 50 000 manifestants partout en France, selon le gouvernement, la contestation a rebondi, démentant les prévisions d’un essoufflement du mouvement.

Après la carotte, le bâton

Le nouveau samedi de mobilisation représentera un autre test pour le président Emmanuel Macron : après n’avoir pas réussi à apaiser les « gilets » avec une politique de la carotte, et des mesures sociales d’un coût de 10 milliards d’euros, l’exécutif s’essaie dorénavant à la politique du bâton, avec l’annonce d’une prochaine loi anticasseurs à l’image de celle contre les hooligans.

Le durcissement de l’arsenal législatif a été décidé après les nouvelles violences survenues à Paris le 5 janvier, marquées même par une aggravation : des « gilets » ont ainsi défoncé avec un engin de chantier l’entrée du ministère du porte-parole du gouvernement avant d’y pénétrer. Les images d’un ex-boxeur en train de frapper des gendarmes ont également symbolisé ces débordements qui font tout sauf s’estomper.

L’ex-boxeur a été incarcéré avant son procès prévu le 13 février, suscitant l’ire de « gilets jaunes ». Une cagnotte de soutien organisée en sa faveur a recueilli plus de 117 000 euros avant que le site Leetchi décide de ne plus accepter de dons, après les vives critiques du gouvernement et de syndicats policiers.

Les donateurs ont assorti leur geste de nombreux messages de soutien, parfois érigeant le boxeur en « héros ».

Soutien populaire et grand débat national

Le mouvement des « gilets jaunes » continue à emporter le soutien d’une majorité de Français : ils sont ainsi 60 % à l’approuver, ce qui représente malgré tout 10 points de moins en un mois, selon un sondage Elabe diffusé mercredi.

51 % des Français veulent la poursuite du mouvement et 38 % disent comprendre les violences.

Face aux risques de nouveaux heurts, 80 000 policiers et gendarmes, dont 5000 à Paris, seront mobilisés.

Dans ce contexte, le grand débat national, promis par le gouvernement comme une sortie de crise, semble patiner avant son coup d’envoi mi-janvier.

Chantal Jouanno, qui devait l’organiser, s’est retirée, après une polémique suscitée par son salaire mensuel brut de 14 666 euros. Et les valses-hésitations continuent sur les thèmes qui seront abordés, et ceux qui ne le seront pas, suscitant de nombreux doutes quant à l’utilité de la consultation.

« La méthode proposée par le gouvernement pour son grand débat, c’est une locomotive du XIXe siècle », a déclaré à l’AFP Christophe Chalençon, figure du mouvement dans le Vaucluse, au sud du pays.

« On attend une réaction de l’État avec une mise en place de [référendums d’initiative citoyenne] et avec des mesures de pouvoir d’achat très concrètes », explique à l’AFP Alex, organisateur des manifestations à Valence.

« S’il y a les deux réunis, le mouvement c’est fini », avant d’avertir : « Il faut vite qu’ils réagissent. Il y a des gens qui en ont marre d’être pacifistes et ça va être de plus en plus difficile à gérer. »