«Gilets jaunes»: la France dégaine l’arsenal de sécurité

Un membre des gilets jaunes, arborant un masque de Guy Fawkes doré, a été photographié devant un véhicule policier lors des manifestations de samedi dernier à Paris.
Photo: Bertrand GUAY Agence France-Presse Un membre des gilets jaunes, arborant un masque de Guy Fawkes doré, a été photographié devant un véhicule policier lors des manifestations de samedi dernier à Paris.

Ne parvenant pas à éteindre la colère des gilets jaunes et à enrayer les violences lors de leurs manifestations, le gouvernement français a promis lundi une « mobilisation considérable » des forces de l’ordre et un renforcement de l’arsenal répressif.

« Il faut faire évoluer notre droit », a déclaré le premier ministre, Édouard Philippe, au journal télévisé de TF1, venu réagir aux derniers débordements lors du huitième samedi de manifestations. Des images de gestes de violence diffusées sur les réseaux sociaux dans la foulée n’ont pas manqué de faire réagir la population, comme celles, virales, d’un ancien champion de boxe frappant deux policiers à Paris.

Le gouvernement français, empêtré dans cette crise depuis l’automne, va tenter de faire passer une nouvelle loi musclant l’arsenal répressif, notamment en permettant de sanctionner ceux qui participeraient à une manifestation non déclarée. Cette loi pourrait être débattue dès février, a indiqué le premier ministre, Édouard Philippe.

Les images de violences pendant les manifestations des gilets jaunes, ou à leur marge, ont fait le tour du monde depuis le début du mouvement de contestation à la mi-novembre, qu’elles visent des forces de l’ordre prises à partie, des symboles de la République comme l’Arc de triomphe, des quartiers de Paris vandalisés, ou encore des manifestants blessés partout en France.

Le premier ministre Philippe, qui a affirmé vouloir « préserver la liberté de manifester », a annoncé que le gouvernement pourrait s’inspirer des dispositifs empêchant les hooligans de venir dans les stades pour empêcher certains casseurs de participer à des manifestations.

Les manifestants violents, que M. Philippe accuse pour certains d’être factieux, « n’auront pas le dernier mot », a affirmé le premier ministre, en promettant une « mobilisation considérable » des forces de l’ordre samedi prochain, annonçant de « nombreuses interpellations ».

Lors de « l’acte VIII » qui a rassemblé quelque 50 000 personnes samedi à travers l’Hexagone, 345 personnes ont été interpellées dans toute la France, dont 281 placées en garde à vue. Au total, « il y a eu environ 5600 gardes à vue depuis le début des événements, et plus de mille condamnations », a déclaré M. Philippe lundi.

Même si le nombre de manifestants est reparti légèrement à la hausse samedi, le gouvernement martèle qu’il a déjà agi pour apaiser la colère légitime de la majorité des gilets jaunes en annonçant des mesures économiques et organisant une grande concertation nationale, et que le mouvement se réduit désormais à une minorité radicalisée.

Un boxeur se rend à la police

Plus tôt dans la journée de lundi, l’ex-boxeur de 37 ans Christophe Dettinger, soupçonné d’avoir agressé deux gendarmes sur une passerelle enjambant la Seine, à Paris, s’est présenté de lui-même à la police lundi matin et a été placé en garde à vue.

Il avait auparavant posté une vidéo sur les réseaux sociaux expliquant son geste : « J’ai vu la répression. J’ai vu la police gazer, la police faire mal à des gens avec des flashballs [un pistolet tirant des projectiles de caoutchouc]. J’ai vu des gens blessés […] La colère est montée en moi et, oui, j’ai mal réagi. Mais je me suis défendu », a-t-il déclaré près de 48 heures après avoir été filmé en train de frapper des policiers.

Toujours au chapitre des vidéos virales, deux informations judiciaires ont été ouvertes lundi pour « faire la lumière » sur les éventuelles violences commises samedi à Toulon, dans le sud de la France, par trois hommes après une manifestation de gilets jaunes, et aussi sur leur interpellation par un policier filmé en train de les frapper, des images là aussi largement partagées.

Populistes italiens solidaires

Les deux chefs politiques du gouvernement populiste italien ont spectaculairement apporté lundi leur soutien aux gilets jaunes, se réjouissant de cette « nouvelle Europe » en train de naître, à quelques mois des élections européennes.

« Gilets jaunes, ne faiblissez pas ! », a écrit le vice-premier ministre Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement 5 Étoiles (M5S), sur le blogue de ce mouvement politique atypique né en 2009 du rejet de la vieille classe politique par une partie des Italiens.

« Je soutiens les citoyens honnêtes qui protestent contre un président gouvernant contre son peuple », a déclaré l’autre vice-premier ministre, Matteo Salvini, patron de la Ligue, parti souverainiste d’extrême droite défendant les « Italiens d’abord ».

Plus tard dans l’après-midi, il a enfoncé le clou en souhaitant le départ du président français, Emmanuel Macron. « Plus vite il rentre chez lui, mieux ça vaut ! », a-t-il déclaré devant la presse.

Ce soutien au sein du gouvernement italien a toutefois provoqué quelques grincements de dents du côté de l’opposition en Italie. « Qui délégitime les institutions et porte atteinte à leur survie ne mérite aucun soutien, encore moins de la part du gouvernement italien », a déclaré Mariastella Gelmini, députée de Forza Italia, le parti de centre droit de Silvio Berlusconi.