Gilets jaunes: semaine décisive pour sortir le pays de la crise

Des «gilets jaunes» ont érigé lundi un camp de fortune à un rond-point de Sainte-Eulalie, au nord de Bordeaux.
Photo: Georges Gobet Agence France-Presse Des «gilets jaunes» ont érigé lundi un camp de fortune à un rond-point de Sainte-Eulalie, au nord de Bordeaux.

Pour convaincre les derniers « gilets jaunes » encore mobilisés sur les routes de France d’arrêter leur mouvement, le gouvernement français a engagé lundi une course contre la montre afin d’appliquer les mesures sociales promises par le président, Emmanuel Macron, pour mettre fin à la colère.

Focalisé sur cette crise sans précédent, le président Macron a annulé son déplacement prévu à Biarritz pour le lancement de la présidence française du G7 afin de se pencher sur l’organisation de la « grande concertation nationale », proposée par le président pour rapprocher les Français des prises de décisions politiques.

C’est une « priorisation normale de mon agenda », a déclaré M. Macron. Il réunira mardi à l’Élysée ses ministres et des acteurs économiques pour organiser « le débat public national que je souhaite finaliser et clarifier dans ses règles d’ici à mercredi », a-t-il ajouté.

Quatre grands thèmes

Lancée sur deux mois et demi, cette consultation doit s’appuyer fortement sur les maires et aborder quatre grands thèmes : transition écologique, fiscalité, organisation de l’État, démocratie et citoyenneté, en plus de l’immigration.

Un débat dans lequel sera discutée l’une des revendications principales des gilets jaunes : l’instauration d’un référendum d’initiative citoyenne (RIC), qui vise à faciliter la consultation du peuple, sans associer le Parlement en amont.

Le premier ministre, Édouard Philippe, s’est déclaré dimanche soir favorable sur le principe, dans un entretien au quotidien économique Les Échos. Le RIC, a-t-il déclaré, peut être un « bon instrument dans une démocratie », mais « pas sur n’importe quel sujet ni dans n’importe quelles conditions ».

La mobilisation perdure

Dans cet entretien, Édouard Philippe a détaillé les mesures annoncées six jours auparavant par le chef de l’État français.

Celles-ci, dont la hausse de 100 euros par mois pour les salariés payés au salaire minimum, la défiscalisation des heures supplémentaires et l’exemption d’une hausse de taxe pour certains retraités, vont coûter environ « 10 milliards d’euros » et creuser le déficit, qui devrait atteindre 3,2 % du PIB en 2019.

Elles doivent désormais être présentées en projet de loi mercredi en Conseil des ministres, avant de passer à l’Assemblée nationale jeudi et au Sénat vendredi.

Le calendrier est serré. Le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, en a appelé à « la responsabilité des parlementaires » pour valider les mesures dès vendredi, afin qu’elles soient applicables au 1er janvier.

Mais les réponses apportées par le gouvernement ne semblaient pas avoir convaincu l’ensemble des protestataires.

Lundi, des gilets jaunes ont annoncé lancer une liste pour les prochaines élections européennes qui se tiendront en mai. « Ces élections seront le moyen de faire valoir les revendications des gilets jaunes sur le plan institutionnel », a déclaré devant la presse Francis Lalanne, un chanteur français engagé auprès du mouvement.

Sur les routes de France, ils étaient encore nombreux à investir des ronds-points et des axes routiers pour protester contre la politique fiscale et sociale du gouvernement.

« C’est pas vrai que le mouvement s’essouffle », s’insurgeait Philippe, un livreur de 44 ans, qui continuait de distribuer des tracts avec une vingtaine de camarades à un rond-point situé au nord de Bordeaux.

« Ça suffit ! » s’est exclamé le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, à propos des derniers lieux encore bloqués à travers la France. « Nous avons commencé dès la semaine dernière, des ronds-points ont été évacués, nous allons poursuivre cela », a ajouté le ministre.

À Quimperlé, les gilets jaunes ont été délogés « plusieurs fois » par les forces de l’ordre de l’endroit qu’ils occupaient dans une zone commerciale et ne « savent plus ou aller ».

« Nous sommes pourchassés de nos ronds-points, alors on tourne en rond, on erre, on s’installe, on se fait déloger à nouveau, il faut qu’on trouve une solution », a expliqué l’un d’eux à l’AFP.

Dans la nuit de dimanche à lundi, des incendies volontaires ont été observés sur des autoroutes du sud de la France.

« On ne peut pas continuer à paralyser l’économie française, paralyser le commerce dans nos villages, dans nos villes en « embolisant » un rond-point », a plaidé le ministre de l’Intérieur.