Belgique: le pacte sur les migrations signe la fin de la coalition

L’ancien conseiller de Donald Trump Steve Bannon (à gauche) et la chef du Rassemblement national, Marine Le Pen (à droite), ont participé samedi à un rassemblement du parti d’extrême droite belge Vlaams Belang, aux côtés de son président, Tom Van Grieken.
Photo: Nicolas Maeterlinck / Belga / Agence France-Presse L’ancien conseiller de Donald Trump Steve Bannon (à gauche) et la chef du Rassemblement national, Marine Le Pen (à droite), ont participé samedi à un rassemblement du parti d’extrême droite belge Vlaams Belang, aux côtés de son président, Tom Van Grieken.

Le premier ministre belge, Charles Michel, a pris dimanche la tête d’un gouvernement minoritaire, après la démission des ministres nationalistes flamands de la coalition gouvernementale, en raison d’une divergence profonde sur le pacte de l’ONU sur les migrations.

Ces démissions ont été « acceptées » par le roi des Belges à l’issue d’une rencontre avec M. Michel, venu lui présenter le nom des ministres qui héritent des portefeuilles vacants (Intérieur, mais aussi Finances, Défense et Migration).

« Je regrette qu’on en soit arrivés là », a déclaré le premier ministre à la télévision RTL-TVI.

L’ex-ministre de l’Intérieur, Jan Jambon, issu de l’Alliance néoflamande (N-VA, nationalistes flamands), avait confirmé dimanche matin à la télévision publique RTBF que lui-même et les autres ministres de son parti allaient démissionner.

« C’est clair, c’est net », avait-il dit, mettant fin à plusieurs heures d’incertitude depuis samedi soir.

Avec le départ de la N-VA, poids lourd de la coalition belge, Charles Michel, un libéral, prend la tête d’un gouvernement de centre droit sans majorité au Parlement, à cinq mois des prochaines élections législatives, prévues fin mai.

« C’est une coalition responsable […] qui se met en place », a-t-il promis, appelant au « dialogue avec le Parlement », car des élections anticipées « risqueraient bien de bloquer le pays pendant un an ».

Il a fixé en conférence de presse ses trois priorités : le pouvoir d’achat, la sécurité et la politique climatique – à propos de laquelle il dit répondre à un « appel fort » des citoyens.

Le gouvernement a souvent tangué depuis quatre ans en raison des prises de position jugées radicales de la N-VA sur les migrants.

L’actuelle ministre de la Santé, Maggie De Block, qui hérite de ce portefeuille jusqu’alors détenu par Theo Francken, a promis de défendre « une politique à nouveau stricte, mais juste ».

« Je récupère aujourd’hui un département en crise. C’est le chaos », a-t-elle souligné dans un communiqué.

Absence de consensus

Le président de la N-VA, Bart De Wever, avait lancé samedi soir, après un conseil des ministres de la dernière chance, un ultimatum à M. Michel, laissant entendre que son parti s’en irait si ce dernier s’envolait pour Marrakech dimanche afin d’approuver le pacte de l’ONU sur les migrations.

« Je prends […] acte ce soir que la N-VA quitte la majorité », lui avait répondu M. Michel, répétant sa ferme intention de représenter la Belgique au Maroc comme « chef de gouvernement ».

« Sur ce sujet, il y a une différence profonde », a encore insisté dimanche Charles Michel. Selon lui, ce pacte est « important », car « aucun pays ne peut résoudre cette question seul ».

La N-VA était le seul des quatre partis de la coalition opposé à ce texte onusien, qui doit être approuvé lundi et mardi au Maroc par les pays membres de l’ONU, avant d’être ratifié lors d’un vote au siège des Nations unies, à New York, le 19 décembre.

Le pacte avait initialement fait l’objet d’un consensus gouvernemental, avant que la N-VA ne change d’avis fin octobre.

La crise belge, latente depuis plusieurs semaines, a éclaté mardi soir, quand le premier ministre a annoncé son intention de se tourner vers le Parlement, faute d’unanimité au sein de son gouvernement.

Une large majorité droite/gauche s’est dégagée deux jours plus tard en plénière à la Chambre en faveur du gouvernement, isolant la N-VA au côté du parti d’extrême droite Vlaams Belang.

Ce parti anti-immigration a d’ailleurs tenu samedi un rassemblement à Bruxelles avec Marine Le Pen, chef de l’extrême droite française, et Steve Bannon, ex-conseiller de Donald Trump, pour dénoncer ce pacte, brandi comme épouvantail par les populistes dans l’UE à l’approche des élections européennes de mai prochain.

« Le pays qui signera ce pacte […] signera un pacte avec le diable », avait affirmé la chef de parti française.

Non contraignant, le pacte de l’ONU recense des principes et une vingtaine de propositions pour aider les pays à faire face aux migrations.

L’Italie, l’Autriche, la Bulgarie, la Hongrie, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, l’Estonie, la Lettonie, la Suisse, l’Australie, Israël et la République dominicaine ont décidé de ne pas se rendre à Marrakech.

Les États-Unis s’étaient retirés de l’élaboration du pacte l’an dernier.