Arménie: le premier ministre remporte son pari

Nikol Pachinian, un ancien journaliste de 43 ans, est arrivé au pouvoir en Arménie en mai dernier après avoir mené pendant plusieurs semaines des manifestations massives contre le gouvernement alors au pouvoir depuis plus de dix ans.
Photo: Karen Minasyan Agence France-Presse Nikol Pachinian, un ancien journaliste de 43 ans, est arrivé au pouvoir en Arménie en mai dernier après avoir mené pendant plusieurs semaines des manifestations massives contre le gouvernement alors au pouvoir depuis plus de dix ans.

Le bloc électoral du premier ministre arménien, Nikol Pachinian, a remporté une victoire écrasante lors des élections législatives anticipées de dimanche, selon les résultats officiels provisoires du scrutin.

Selon des résultats portant sur 88 % des circonscriptions et annoncés lundi par la Commission électorale centrale, la coalition menée par le parti Contrat civil, de M. Pachinian, obtenait 70,49 % des votes, loin devant le parti Arménie prospère, qui arrivait en deuxième position avec 8,37 %.

Nikol Pachinian, un ancien journaliste de 43 ans, est arrivé au pouvoir en Arménie en mai dernier après avoir mené pendant plusieurs semaines des manifestations massives contre le gouvernement alors au pouvoir depuis plus de dix ans.

Mais M. Pachinian ne contrôlait pas le Parlement, encore largement acquis au Parti républicain de l’ex-président Serge Sarkissian, raison pour laquelle, bloqué dans ses réformes, il aspirait à organiser des élections anticipées.

70 %
C’est le pourcentage de voix qu’a récolté le bloc électoral du premier ministre, Nikol Pachinian, selon des résultats portant sur 88 % des circonscriptions.

Mi-octobre, Nikol Pachinian a réussi une manoeuvre politique en annonçant sa démission, puis en se mettant d’accord avec les députés pour qu’ils échouent deux fois consécutivement à élire un nouveau chef de gouvernement : un prétexte pour la dissolution du Parlement et la convocation d’élections législatives anticipées.

Les prochaines élections législatives dans cette ex-république soviétique du Caucase du Sud n’étaient jusqu’alors prévues qu’en 2022.

« Après les élections, nous développerons la démocratie en Arménie et ferons une révolution économique », a déclaré M. Pachinian aux journalistes après avoir glissé son bulletin dans l’urne à Erevan, promettant des élections « libres, équitables et transparentes ».

Révolution dans les cartons

M. Pachinian, qui a lancé depuis son arrivée au pouvoir une croisade tous azimuts contre la corruption — de l’armée ou des douanes jusqu’aux écoles —, prône une « révolution économique » dans un pays où quelque 30 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, selon les statistiques officielles de l’État.

Côté politique, le leader de la « révolution de velours » arménienne promet de « sceller davantage l’alliance stratégique avec la Russie et en même temps de renforcer la coopération avec les États-Unis et l’Union européenne ».

Selon les analystes, M. Pachinian, considéré comme un héros national pendant les protestations antigouvernementales du printemps, a déployé tous ses efforts pour organiser ces élections anticipées alors qu’il est au sommet de sa popularité.

« Le parti de Pachinian va probablement […] avoir tous les leviers nécessaires pour accélérer les réformes économiques et politiques promises », indique en entrevue à l’AFP l’analyste Guevorg Pogossian.

En septembre, le bloc de Nikol Pachinian a déjà remporté une victoire écrasante aux élections municipales d’Erevan, en recueillant plus de 80 % des voix dans la capitale arménienne, où habite environ 40 % de la population.

« Les élections ont été convoquées dans la vague d’une euphorie révolutionnaire », selon M. Pogossian. « Mais après le scrutin, ce sentiment va inévitablement s’amenuiser, et Pachinian et son équipe devront faire face à la réalité », assure-t-il.

Neuf partis politiques et deux blocs électoraux étaient en lice pour les 101 sièges au Parlement arménien.

Selon la législation arménienne, un parti a besoin de recueillir au moins 5 % des voix des électeurs pour pouvoir siéger au Parlement, alors qu’un bloc électoral doit franchir la barre de 7 %.

Une fois passés au Parlement, les partis d’opposition doivent cependant y avoir — en vertu de la loi arménienne — au moins 30 % des sièges, même s’ils ont enregistré des résultats inférieurs à ce chiffre.