Paris se barricade avant les manifestations de samedi

Le ministre français de l'Intérieur, Christophe Castaner, examine une barrière mobile de l'unité blindée de la Gendarmerie mobile, le 7 décembre 2018 à Versailles-Satory, à l'ouest de Paris.
Photo: Arnaud Journois / Pool / Agence France-Presse Le ministre français de l'Intérieur, Christophe Castaner, examine une barrière mobile de l'unité blindée de la Gendarmerie mobile, le 7 décembre 2018 à Versailles-Satory, à l'ouest de Paris.

« On barricade tout pour demain » : planches de bois sur les vitrines, monuments fermés, départs à la campagne... Parisiens et touristes se préparent à un éventuel déferlement de violence insurrectionnelle samedi à Paris en marge de la manifestation des « gilets jaunes »

« On nous a demandé de ramasser tout ce qui traînait, tout ce qui pourrait servir d’armes », explique Aziz, un agent du service propreté de la mairie de Paris, qui charge de la ferraille à l’intérieur de son camion garé dans une rue proche des Champs-Elysées.

Plus loin, deux autres de ses collègues démontent les grilles en fonte qui entourent les arbres du très chic boulevard Malesherbes, envahi le 1er décembre par des casseurs.

« Vous imaginez, si quelqu’un reçoit ça en pleine tête ? » s’inquiète l’un deux.

Une journée de « très grande violence » est redoutée pour samedi par les autorités, qui ont déployé pour cet « acte IV » du mouvement des « gilets jaunes » un dispositif « exceptionnel ».

8000 membres des forces de l’ordre seront ainsi mobilisés dans la capitale. Une cellule de crise sera activée et 2000 éléments de mobilier urbain ont été démontés, a précisé Anne Hidalgo, la maire de Paris, l’une des villes les plus visitées du monde.

La tour Eiffel et le Musée du Louvre seront fermés, tout comme les grands magasins du quartier de l’Opéra et les commerces sur les Champs-Élysées, le principal point de crispation.

Barricades et « exils » à la campagne

Sur le boulevard Malesherbes, Louise, gardienne d’un immeuble haussmannien, rentre des poubelles dans sa cour.

« Nous sommes nombreux dans l’immeuble à partir à la campagne », explique cette femme qui se dit « fatiguée » d’être confinée dans son appartement pour le troisième samedi consécutif.

« La semaine dernière, on a eu très peur que la voiture brûle, là au moins on part avec », explique-t-elle, de nombreux véhicules ayant été incendiés la semaine dernière.

À quelques numéros de là, un menuisier s’affaire. « On barricade tout pour demain », explique Denis Thibaudet, qui fixe des panneaux en bois pour protéger les vitrines d’une boutique de champagne.

« On en pose même à l’étage, si des casseurs lancent des projectiles », ajoute-t-il.

Dans les rues alentour, les mêmes scènes se répètent. Des hommes en vêtement de travail transportent des plaques de contreplaqué pour protéger les commerces. Des ouvriers confinent à l’intérieur des chantiers, engins, outils et produits inflammables.

Dans une petite papeterie située dans une rue adjacente, « pas de contreplaqué », raconte Serge, l’un des employés. « On va juste fermer et espérer qu’il n’y ait pas trop de casse ».

Vendredi matin, l’association des commerçants du quartier lui a transmis des consignes telles que « Vider les vitrines », « Éteindre les lumières », « Ne pas occulter les vitres », car « on pourrait penser que l’on cache des objets de grande valeur », souligne-t-il.

Dans la brasserie, juste à côté, c’est la police qui est passée la veille au soir. « On nous a demandé de rentrer les terrasses, les pots de fleurs, de fermer les rideaux de fer », témoigne la serveuse, qui n’a pas souhaité donner son nom.

Touristes imperturbables

Les touristes semblent quant à eux imperturbables. Plan dans une main, appareil photo autour du cou, Szware Mayra, une Argentine de 28 ans, visite avec sa mère la capitale française jusqu’à dimanche.

« On est venues aujourd’hui visiter les Champs-Elysées parce que l’on sait qu’on ne pourra pas demain », explique-t-elle. Au programme samedi : le Château de Versailles, situé en banlieue parisienne. « Pour éviter les manifestations. »

« Nous n’avons pas peur, ça arrive souvent en Argentine et on continue à vivre notre vie normalement », tient-elle à préciser.

De l’autre côté de la Seine, les touristes se pressent au pied de la tour Eiffel. Symbole de Paris, « la dame de fer » sera fermée samedi sur ordre de la préfecture.

« C’est pour ça que nous sommes là aujourd’hui », dit Kate Johnson, une Américaine de 64 ans en visite avec sa fille. « Demain, on ne sait pas encore, on verra ».

Autour d’elles, des hommes en gilet jaune et casque de chantier sur la tête se mettent en branle. « C’est pas en soutien, hein ! C’est pour le travail », s’exclame l’un d’eux, amusé.

Les barrières métalliques sont déplacées, des gravats sont déposés dans des bennes.

« Tout doit disparaître », s’exclame Michel, 45 ans. « Bientôt on va nous demander d’enlever tous les pavés de Paris ! »

Autour, certains commerces seront fermés samedi. Pas par peur des violences — qui restent localisées à certains quartiers de la capitale —, mais parce que les touristes iront ailleurs.