En France, la colère des «gilets jaunes» gronde encore

Le premier ministre Édouard Philippe a annoncé la suspension pour six mois de la hausse prévue le 1er janvier 2019 de la taxe carbone sur l’essence, le fioul et le diesel.
Photo: Ludovic Marin Agence France-Presse Le premier ministre Édouard Philippe a annoncé la suspension pour six mois de la hausse prévue le 1er janvier 2019 de la taxe carbone sur l’essence, le fioul et le diesel.

Les « gilets jaunes » sont le premier mouvement de contestation à faire reculer le président français Emmanuel Macron, jusqu’alors intransigeant sur son vaste programme de réformes. Mais les concessions du gouvernement seront-elles suffisantes pour apaiser leur colère aussi profonde que protéiforme ?

Que veulent-ils ?

Les « gilets jaunes », ainsi baptisés en référence aux vestes fluorescentes obligatoires pour tout automobiliste français en cas d’accident, avaient pour première revendication la suppression de la hausse de la taxe écologique sur les carburants, dont une nouvelle salve devait intervenir le 1er janvier.

Mais au fil des manifestations, les revendications se sont multipliées pour former un ensemble assez hétéroclite, allant du rétablissement d’un impôt sur les plus grandes fortunes à la hausse des revenus les plus modestes, en passant par la dissolution de l’Assemblée nationale, voire la démission d’Emmanuel Macron.

Quelle mobilisation ?

Le mouvement s’organise sur les réseaux sociaux et se veut apolitique, asyndical et sans leader. Il refuse ainsi tout porte-parole. Ceux qui s’étaient ainsi autoproclamés disant avoir reçu des menaces de mort.

La première journée de protestation, le 17 novembre, a réuni 282 000 manifestants dans toute la France, sous diverses formes d’action, principalement des blocages routiers. Les actions se sont depuis poursuivies, avec des points culminants chaque samedi. Le 24 novembre, ils étaient 166 000 à manifester en France, puis 136 000 le 1er décembre, dont 8000 à Paris selon la préfecture de police.

Les manifestations ont parfois dégénéré, en particulier samedi à Paris, avec « des violences d’une gravité sans précédent », selon le préfet de police Michel Delpuech. 412 personnes ont été interpellées, 249 feux allumés, et l’Arc de triomphe vandalisé, faisant tourner en boucle dans le monde entier des images d’« émeutes ».

Le mouvement s’est par ailleurs étendu aux lycées, dont plusieurs dizaines ont été bloqués.

Quelle réponse du gouvernement ?

Emmanuel Macron avait fait savoir qu’il n’avait pas l’intention de « changer de cap » sur les taxes censées encourager la « transition écologique », mais, face aux scènes de guérilla urbaine qui ont émaillé un mouvement par ailleurs soutenu par environ 70 % des Français, le gouvernement a finalement reculé.

Le premier ministre Édouard Philippe a annoncé la suspension pour six mois de la hausse prévue le 1er janvier 2019 de la taxe carbone sur l’essence, le fioul et le diesel et de la convergence fiscale du diesel et de l’essence, ainsi que du durcissement du contrôle technique qui rendait plus difficile l’autorisation de circuler des anciens véhicules. Le tarif régulé de l’électricité et du gaz sera en outre gelé jusqu’à la fin de l’hiver.

Le mouvement peut-il durer ?

« Six mois, et après ? » s’interrogeaient nombre de « gilets jaunes » sur les réseaux sociaux.

« Ce n’est pas du tout ce qu’on attendait », a regretté auprès de l’AFP Éric Drouet, l’un des « gilets jaunes » historiques, appelant à une revalorisation du salaire minimum et au retour d’un impôt spécial sur les plus fortunés.

De son côté, Benjamin Cauchy, une des figures du mouvement, a salué une « première étape ». Mais « les Français ne veulent pas des miettes », a-t-il déclaré à l’AFP.

D’autres ont dénoncé le silence d’Emmanuel Macron.

Les oppositions de droite et de gauche ont estimé que c’était trop peu et trop tard. « Un moratoire, ce n’est pas suffisant. Il faut l’annulation », a estimé Laurent Wauquiez, le président du parti de droite Les Républicains.

« Six mois » de suspension, « sûrement un hasard si ça nous porte juste quelques jours après les élections » européennes, a ironisé la présidente du parti d’extrême droite Rassemblement national, Marine Le Pen.

« Le gouvernement n’a pas pris la mesure du moment », « une révolution citoyenne », a affirmé Jean-Luc Mélenchon, le leader de la gauche radicale. « Il pense pouvoir l’éteindre par des astuces à l’ancienne », mais doit « revenir aux urnes », a-t-il ajouté.

« Le caractère suspensif ne va pas décourager certains gilets jaunes de continuer. Mais les violences que l’on a vues samedi apparaîtront toutefois moins légitimes », analyse pour l’AFP Jérôme Sainte-Marie, de l’institut de sondage PollingVox.