Macron négocie toujours une sortie de crise

Le président de la République aux côtés notamment de son ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner (à droite), à Paris, au lendemain des émeutes du 1er décembre
Photo: Geoffroy Van der Hasselt Agence France-Presse Le président de la République aux côtés notamment de son ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner (à droite), à Paris, au lendemain des émeutes du 1er décembre

Le gouvernement français était engagé lundi dans une course contre la montre pour tenter d’apaiser la colère des « gilets jaunes » et envisageait un « geste fort » pour prévenir une nouvelle flambée de violence, deux jours après les sidérantes images d’émeutes en plein Paris.

Une réunion autour du président Emmanuel Macron — conspué par les manifestants qui lui reprochent une politique sociale et fiscale jugée injuste — a eu lieu en soirée, en présence du premier ministre, Édouard Philippe, et de plusieurs ministres.

M. Philippe, qui a reçu tour à tour les patrons des principales formations politiques au cours de la journée, va rapidement annoncer un « geste d’ouverture fort », a assuré le ministre de la Culture, Franck Riester.

Plusieurs responsables politiques, de l’opposition comme de la majorité présidentielle, ont appelé le gouvernement — qui s’y refuse pour l’instant — à reporter la hausse des taxes sur le carburant programmée dès le 1er janvier, revendication phare des protestataires.

Il y a urgence : des appels à une quatrième journée d’action nationale samedi prochain commencent à fleurir sur Internet et une fronde lycéenne a commencé à prendre de l’ampleur lundi.

Après avoir tardé à prendre la mesure de la colère populaire, l’exécutif a toutes les difficultés à ouvrir le dialogue avec ce mouvement atypique, né des réseaux sociaux, sans leader ni structure.

Une réunion programmée mardi avec le premier ministre paraissait compromise lundi soir : des représentants d’un collectif « gilets jaunes libres » qui étaient prêts à s’y rendre ont renoncé, notamment pour « raisons de sécurité », ont annoncé deux de ses membres à l’AFP en évoquant des « menaces » à leur encontre proférées par les militants les plus radicaux.

Malgré les incendies et les pillages qui ont secoué la capitale et choqué le monde entier, la mobilisation de ces Français aux fins de mois difficiles reste comprise et soutenue par 72 % de leurs compatriotes, selon un sondage Harris interactive publié lundi.

Le président sous pression

Depuis son retour du G20 en Argentine dimanche, le président Macron n’a pas pris la parole publiquement, envoyant son premier ministre en première ligne pour tenter de résoudre la plus grave crise depuis son élection en mai 2017.

Il a toutefois multiplié les rencontres, en se rendant dimanche sur les lieux des violences et en déjeunant lundi avec les policiers déployés dans Paris samedi dernier. Un voyage présidentiel en Serbie, prévu mercredi et jeudi, a par ailleurs été reporté.

Édouard Philippe a, lui, annulé son déplacement à la COP24 en Pologne.

« La France sous le choc attend des réponses », « Monsieur le Président, il faut des réponses », titraient respectivement les journaux Le Figaro et Le Parisien. « Macron sommé de désamorcer la crise », pour Le Monde, qui voit dans cette crise « le point de bascule du quinquennat ».

Dépôts pétroliers, routes : des blocages persistaient un peu partout dans le pays, provoquant même des pénuries de carburant en Bretagne et des bouchons à la frontière espagnole.