«Menace d’une guerre totale» entre l’Ukraine et la Russie

Un soldat ukrainien à bord d’un navire militaire, à Marioupol, dans la mer d’Azov.
Photo: Sega Volskii Agence France-Presse Un soldat ukrainien à bord d’un navire militaire, à Marioupol, dans la mer d’Azov.

Le président ukrainien, Petro Porochenko, a évoqué mardi la « menace d’une guerre totale » avec la Russie, qui a selon lui « augmenté radicalement » sa présence militaire à la frontière, dramatisant encore la situation déjà tendue depuis la capture de navires ukrainiens en mer Noire.

Haussant le ton face à Vladimir Poutine, Donald Trump a menacé d’annuler sa rencontre prévue en fin de semaine avec son homologue russe au sommet du G20 en Argentine.

Le rapport sur la situation que ses conseillers à la sécurité nationale doivent lui remettre prochainement « sera déterminant », a dit le président des États-Unis dans un entretien au Washington Post. « Peut-être que je ne ferai pas cette entrevue » avec le maître du Kremlin, a-t-il prévenu, alors que la Maison-Blanche venait de confirmer la tenue de la rencontre. « Je n’aime pas cette agression. Je ne veux pas d’agressions », a affirmé Donald Trump, souvent accusé d’être trop conciliant avec Moscou.

L’Ukraine et la Russie sont engagées dans leur pire bras de fer depuis plusieurs années à la suite de la capture dimanche par les gardes-côtes russes au large de la Crimée de trois bateaux militaires ukrainiens, un incident inédit.

« Je ne veux pas que quelqu’un pense que ce sont des jeux d’enfant. L’Ukraine fait face à la menace d’une guerre totale avec la Fédération russe », a-t-il affirmé à trois chaînes de télévision ukrainiennes.

« Le nombre de chars dans des bases [militaires russes] situées le long de notre frontière a triplé », a déclaré M. Porochenko. « Le nombre d’unités militaires placées le long de notre frontière a augmenté radicalement », a-t-il ajouté, sans préciser la période.

Le chef de l’État a aussi fait état d’une forte augmentation du nombre de bateaux militaires russes dans la mer d’Azov et d’une présence militaire russe renforcée en Crimée, péninsule ukrainienne annexée par Moscou il y a quatre ans, en citant des données de services ukrainiens de renseignement.

Il s’agit du premier affrontement militaire ouvert entre la Russie et l’Ukraine depuis l’annexion de la Crimée et l’éclatement la même année d’un conflit armé dans l’est de l’Ukraine entre forces ukrainiennes et séparatistes prorusses qui a jusqu’à présent fait plus de 10 000 morts.

Accusés d’avoir franchi illégalement la frontière russe, 12 marins ukrainiens, sur les 24 faits prisonniers dimanche, ont été placés mardi en détention provisoire jusqu’au 25 janvier, conformément à la décision d’un tribunal de Simféropol, chef-lieu de la Crimée, a constaté un journaliste de l’AFP. Au total, une douzaine de marins ukrainiens ont été présentés mardi devant un juge, les autres étant censés comparaître mercredi.

M. Porochenko a assuré qu’il avait tenté de téléphoner à son homologue russe Vladimir Poutine après cette capture, mais qu’il n’avait pas eu de réponse. « J’ai été contraint » de demander à la chancelière allemande, Angela Merkel, « de discuter avec Poutine » de cet incident, a-t-il soutenu.

En réponse à l’incident, le Parlement ukrainien a voté lundi l’introduction de la loi martiale dans les régions frontalières de l’Ukraine, M. Porochenko justifiant cette initiative, sans précédent depuis l’indépendance de cette ex-république soviétique en 1991, par « la menace extrêmement élevée » d’une offensive terrestre russe.

Vladimir Poutine a pour sa part mis en garde mardi l’Ukraine contre tout acte « irréfléchi » après cette décision et fait part au téléphone de sa « sérieuse préoccupation » à Angela Merkel, lui demandant de faire pression sur Kiev.

La loi martiale, qui entrera en vigueur mercredi matin dans une dizaine de régions frontalières, notamment de la Russie, de la Biélorussie et à proximité de la mer d’Azov, va permettre pendant un mois aux autorités ukrainiennes de mobiliser ses citoyens, de réguler l’activité des médias et de limiter les rassemblements publics.