La Russie s’empare de navires ukrainiens

Des gens ont déposé des bateaux en papier devant l'ambassade de Russie à Kiev, dimanche en soirée, pour protester contre l'incident survenu au large de la Crimée.
Photo: Sergei Supinsky Agence France-Presse Des gens ont déposé des bateaux en papier devant l'ambassade de Russie à Kiev, dimanche en soirée, pour protester contre l'incident survenu au large de la Crimée.

La Russie a confirmé dimanche s’être emparée de trois navires de la marine ukrainienne en usant de la force dans le détroit de Kertch, l’accès à la mer d’Azov, créant une tension sans précédent dans cette zone sensible.

Les services de sécurité russes (FSB) ont accusé les navires ukrainiens — le Berdyansk, le Nikopol et le Yani Kapu — d’avoir « violé la frontière russe » et « de mener des actions illégales dans les eaux territoriales russes ».

« Afin d’obliger les navires militaires ukrainiens à s’arrêter, il a été fait usage d’armes », ont-ils fait savoir, affirmant que « les trois navires de la marine ukrainienne ont été arraisonnés ».

Plus tôt dans la soirée, la marine ukrainienne avait accusé la Russie d’avoir blessé six de ses militaires en s’emparant de ces navires après leur avoir tiré dessus.

Côté russe, le FSB a indiqué que « trois membres du personnel ukrainien ont été blessés et ont reçu des soins médicaux. Leurs vies ne sont pas en danger ».

Le président ukrainien, Petro Porochenko, a « dénoncé un acte agressif de la Russie » et une « escalade préméditée » de la part de Moscou dans cette zone stratégique, située entre la Crimée, annexée en 2014 par Moscou, et l’est de l’Ukraine, théâtre d’un conflit opposant Kiev et séparatistes prorusses.

M. Porochenko a réuni dans la soirée un haut comité militaire. Le Conseil national de sécurité et de défense (NSDC) doit ensuite se réunir à son tour « pour déclarer le régime de loi martiale », a déclaré le secrétaire du NSDC à la télévision ukrainienne.

La porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova a pour sa part dénoncé les « méthodes de bandits de grand chemin » de l’Ukraine, dans une déclaration transmise à l’AFP : « d’abord des provocations, puis de fortes pressions, puis des accusations d’agression ».

Le FSB, chargé du service des gardes-frontières, a assuré avoir « des preuves irréfutables que Kiev a préparé et mis en scène une provocation en utilisant la marine ukrainienne ».

La marine ukrainienne assure pour sa part avoir averti la Russie de l’itinéraire de ses navires. Selon elle, ses navires ont passé plusieurs heures devant le détroit de Kertch, alors qu’un navire pétrolier placé sous le pont de Crimée, qui enjambe le détroit de Kertch, bloquait l’accès au détroit.

Ce détroit, la seule voie maritime entre la mer Noire et la mer d’Azov, est un axe stratégique de première importance, pour la Russie comme pour l’Ukraine.

« Nous attendons de la Russie qu’elle restaure la liberté de passage dans le détroit de Kertch et nous appelons toutes les parties à agir avec le maximum de retenue afin d’aboutir à une désescalade immédiate de la situation », a exhorté l’Union européenne. L’OTAN a aussi appelé « à la retenue et à la désescalade ».