La France agitée par les «gilets jaunes»

Des manifestants bloquaient dimanche l’accès aux autoroutes A11 et A28 près du Mans, dans le nord-ouest de la France.
Photo: Jean-François Monier Agence France-Presse Des manifestants bloquaient dimanche l’accès aux autoroutes A11 et A28 près du Mans, dans le nord-ouest de la France.

Des « gilets jaunes », bien moins nombreux que la veille, ont à nouveau ralenti dimanche la circulation automobile sur de nombreux axes routiers en France pour protester contre la hausse des taxes sur le carburant, le gouvernement assurant de son côté vouloir « tenir le cap ».

« Le cap que nous avons fixé, il est bon et nous allons le tenir », a martelé le premier ministre français, Édouard Philippe, en début de soirée sur France 2, après cette mobilisation inédite de la fin de semaine, et ce même si, a-t-il concédé, dans les rassemblements de manifestants, « on a entendu de la colère, mais on a aussi entendu de la souffrance, l’absence de perspectives, l’idée que les pouvoirs publics depuis longtemps ne répondaient pas aux inquiétudes et au sentiment de déclassement, d’abandon ressenti par une partie de la population ».

Les manifestants se sont mobilisés contre la hausse du prix des carburants avant de se lancer dans une dénonciation plus globale de la politique du gouvernement en matière de taxation et de la baisse du pouvoir d’achat.

Le cap que nous avons fixé, il est bon et nous allons le tenir

 

Des blocages, mais surtout des actions de ralentissement de la circulation automobile, comme des barrages filtrants, ont été à nouveau observés dimanche par l’AFP dans de nombreuses régions, toujours à l’initiative de membres de la société civile qui se sont organisés par l’entremise des réseaux sociaux, et en dehors des partis politiques et des syndicats.

Dans plusieurs endroits, les « gilets jaunes » ont affirmé qu’ils poursuivraient le mouvement lundi, comme à Brioude (centre), par exemple. Dans le Morbihan (ouest), « les routiers nous rejoignent demain », a lancé un porte-parole des manifestants. Même son de cloche au Mans (ouest).

À environ 150 endroits, les manifestants, dont le nombre a été évalué à environ 40 000 par des médias, avaient appelé à reconduire le mouvement pour le deuxième jour de suite. La veille, selon le ministère de l’Intérieur, près de 290 000 personnes avaient manifesté à 2034 endroits.

En Savoie, samedi, une manifestante de 63 ans est décédée après avoir été percutée par une conductrice prise de panique. Plus de 400 personnes ont aussi été blessées — dont 14 grièvement, y compris parmi les forces de l’ordre —, tandis que les dégradations ont été nombreuses. Jusqu’ici, 282 personnes ont été interpellées.

Un manifestant a ainsi été grièvement blessé dimanche près de Saint-Quentin, au nord, lorsqu’un automobiliste a forcé un barrage de « gilets jaunes » sur un rond-point. Mais sa vie n’est pas en danger, a précisé la gendarmerie, selon laquelle l’automobiliste a pris la fuite.

400 blessés
Les actions de ralentissement de la circulation routière un peu partout au pays, notamment des blocages dans certaines régions, ont fait un mort et plus de 400 blessés et ont engendré l’arrestation de 282 personnes.

Dans l’après-midi, les forces de l’ordre ont par ailleurs dispersé, notamment au moyen de gaz lacrymogène, un millier de « gilets jaunes » qui avaient installé un barrage filtrant au sud de Caen, dans l’ouest du pays.

Dans la matinée, elles étaient intervenues pour lever deux points de blocage sur le périphérique sud de cette ville, un radar ainsi que des palettes disposées sur la chaussée y ayant été incendiées pendant la nuit.

L’agression à caractère homophobe présumée d’un conseiller municipal de Bourg-en-Bresse (centre-est), samedi, par des « gilets jaunes » suscitait en outre l’indignation, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner condamnant des « actes odieux ».