La justice espagnole réclame 25 ans de prison contre les dirigeants indépendantistes catalans

En prison depuis un an, l’ancien vice-président catalan Oriol Junqueras est le seul à encourir la peine la plus élevée de vingt-cinq ans de prison et d’inéligibilité.
Photo: Paul White En prison depuis un an, l’ancien vice-président catalan Oriol Junqueras est le seul à encourir la peine la plus élevée de vingt-cinq ans de prison et d’inéligibilité.

Un an après la tentative de sécession de la Catalogne, la justice espagnole a requis vendredi de lourdes peines de prison contre les dirigeants indépendantistes qui doivent être bientôt jugés, confirmant l’accusation controversée de « rébellion » pourtant rejetée par le gouvernement.

La date du procès n’a pas été encore fixée, mais son ouverture est attendue début 2019. L’ancien président catalan Carles Puigdemont, qui a fui en Belgique pour échapper aux poursuites judiciaires, n’est pas concerné par ce procès, la justice espagnole ne jugeant pas « en absence ».

Le parquet général a requis de sept à vingt-cinq ans de prison contre douze dirigeants indépendantistes accusés de « rébellion », « détournements de fonds publics » ou « désobéissance grave ».

Photo: Olivier Matthys Associated Press Carles Puigdemont

Six autres indépendantistes, qui comparaîtront seulement pour « désobéissance grave », encourent une amende.

En prison depuis un an, l’ancien vice-président catalan Oriol Junqueras est le seul à encourir la peine la plus élevée de vingt-cinq ans de prison et d’inéligibilité. « Ils pourront nous enfermer ici des années et des années, cela ne fera pas faiblir le désir de liberté qui se changera en clameur », avait-il dit jeudi dans une lettre.

Le parquet a également demandé 17 ans de prison contre l’ancienne présidente du parlement régional catalan Carme Forcadell, et les ex-présidents de puissantes associations indépendantistes, Jordi Sànchez et Jordi Cuixart.

« Est-ce que quelqu’un croit qu’en réclamant 200 ans de prison contre les leaders indépendantistes, on fera disparaître les deux millions de partisans de l’indépendance ? » a vertement réagi le président indépendantiste catalan, Quim Torra.

Depuis la Belgique, M. Puigdemont a accusé l’État espagnol de continuer à exercer ainsi « une vengeance » contre le mouvement indépendantiste.

Après avoir organisé le 1er octobre 2017 un référendum d’autodétermination interdit, les séparatistes catalans avaient vainement proclamé le 27 une « République catalane » indépendante.

Le ministère public affirme que les dirigeants indépendantistes ont pu se prévaloir de « la force d’intimidation » représentée par « l’action tumultueuse » des grandes manifestations indépendantistes et le recours à la police régionale, dont les 17 000 membres « auraient suivi exclusivement leurs instructions ».

L’enjeu de la rébellion

Dans un autre dossier judiciaire, le parquet a réclamé quatre à onze ans de prison contre quatre responsables de la police catalane, dont son ancien chef, Josep Lluís Trapero, accusé de rébellion. Ce chef d’accusation est très contesté dans le cas de la Catalogne, notamment par des juristes réputés.

Le gouvernement socialiste a par exemple choisi d’écarter ce chef d’accusation, par l’entremise du représentant des intérêts de l’État dans le dossier, qui a opté pour celui moins grave de « sédition » et demandé des peines allant jusqu’à un maximum de 12 ans de prison.

« Il existe un débat juridique et même un débat social », a fait valoir vendredi l’actuelle ministre de la Justice, Dolores Delgado.