Un ancien infirmier allemand avoue 100 meurtres à son procès

L'homme de 41 ans purge déjà une peine de prison à perpétuité depuis près de 10 ans pour six crimes similaires.
Photo: Julian Stratenschulte / Agence France-Presse L'homme de 41 ans purge déjà une peine de prison à perpétuité depuis près de 10 ans pour six crimes similaires.

Un ancien infirmier allemand, Niels Högel, a admis mardi à l’ouverture de son procès les 100 meurtres de patients dont on l’accuse, une affaire sans précédent dans l’histoire allemande d’après-guerre.

Après une minute de silence à la mémoire des victimes et la lecture de l’acte d’accusation, la cour a demandé à M. Högel si les accusations le visant étaient justes. « Oui », a-t-il répondu à voix basse.

Pourquoi avoir décidé de tout reconnaître ? « En lisant les dossiers, les souvenirs me sont revenus et avec la thérapie [...], j’ai commencé à reconnaître l’ampleur » du crime, a-t-il dit dans l’après-midi, évoquant aussi « sa honte ».

« Que ça vienne comme ça, je ne m’y attendais pas. On a une chance de faire un grand pas en avant maintenant », a réagi le petit-fils d’un défunt, Christian Marbach, pour qui Högel apparaît désormais comme « un petit tueur en série vulnérable ».

Cet homme de 41 ans, qui purge déjà une peine de prison à perpétuité depuis près de 10 ans pour six crimes similaires, faisait face à des dizaines de proches de défunts réunis dans le centre polyvalent d’Oldenbourg, dans le nord-ouest de l’Allemagne, faute de place suffisante au tribunal.

Tenter de comprendre l’horreur

Tous veulent que justice soit rendue, mais aussi comprendre comment l’infirmier a pu tuer de 2000 à 2005 dans les hôpitaux où il travaillait sans que ses employeurs, la police ou la justice ne réagissent.

« Tous les éléments étaient là, tout était connu. Pas besoin d’être Sherlock Holmes » pour comprendre qu’un meurtrier était à l’oeuvre, explique à l’AFP M. Marbach.

Niels Högel a aussi apporté de premiers éléments de réponse sur sa vie, expliquant s’être drogué aux analgésiques pour faire face à la pression d’un service de soins intensifs en sous-effectif.

« C’était le stress. Avec les médicaments, ça me paraissait plus facile », a expliqué l’accusé, ajoutant qu’il aurait dû réaliser que « ce métier n’était pas fait pour [lui] ».

Pendant cinq ans, d’abord dans l’hôpital d’Oldenbourg, puis dans celui de la commune voisine de Delmenhorst, Niels Högel a injecté, selon l’accusation intentionnellement, à des patients des médicaments pour provoquer un arrêt cardiaque avant de tenter de les ranimer, le plus souvent sans succès.

Ce qu’il recherchait, explique-t-il mardi, c’est la satisfaction et les « commentaires positifs » qu’il recevait après avoir sauvé une vie.

Pour le parquet, il agissait aussi pour tromper « l’ennui », tandis que l’expertise psychiatrique a révélé des troubles narcissiques et une peur panique de la mort. Selon des codétenus, il se satisfait d’être le plus grand criminel depuis la Seconde Guerre mondiale en Allemagne.

200 victimes ?

Le juge Sebastian Bührmann a promis lundi d’élucider toutes les zones d’ombres du dossier lors de ce procès appelé à durer au moins jusqu’en mai : « C’est comme une maison dont les pièces sont plongées dans le noir. Nous voulons faire la lumière. »

Car si le procès porte sur 100 meurtres, Niels Högel aurait encore bien des secrets. Les enquêteurs évaluent le nombre réel de ses victimes à plus de 200, mais impossible de le prouver, car de nombreux patients ont été incinérés.

Surpris en 2005 en train d’injecter un produit non prescrit à un patient à Delmenhorst, Niels Högel est condamné en 2008 à sept ans de prison pour tentative de meurtre.

Un deuxième procès suit en 2014-2015. Il est reconnu coupable de meurtres et tentatives de meurtre sur cinq autres personnes et condamné à la prison à vie avec une peine de sûreté de 15 ans.

C’est alors qu’il avoue à son psychiatre au moins 30 meurtres de plus à Delmenhorst. Les enquêteurs étendent leurs recherches à l’hôpital d’Oldenbourg et procèdent à plus de 134 exhumations.

L’ampleur de la série de meurtres est révélée au grand jour et choque le pays, car elle soulève aussi la question de la responsabilité des hôpitaux qui n’ont pas su l’arrêter, malgré la fréquence des réanimations et des décès lorsqu’il était de service.

D’anciens collègues et supérieurs hiérarchiques devront ainsi s’expliquer devant la justice, une fois le procès de Niels Högel bouclé.

Il a lui-même sous-entendu mardi que son supérieur à Oldenbourg lui a proposé argent et lettre de recommandation pour qu’il quitte l’hôpital. Ce que Niels Högel a fait avant de poursuive ses crimes à Delmenhorst.