Une crue monstre en France fait onze morts

Dans cette région de Carcassonne, les champs sont complètement inondés, plusieurs chaussées détruites ou rendues impraticables par des arbres tombés sur les routes.
Photo: Eric Cabanis Agence France-Presse Dans cette région de Carcassonne, les champs sont complètement inondés, plusieurs chaussées détruites ou rendues impraticables par des arbres tombés sur les routes.

Onze personnes ont perdu la vie dans la nuit de dimanche à lundi à la suite de pluies violentes et de graves inondations dans le sud de la France où, localement, la crue a atteint un niveau sans précédent depuis 1891, provoquant aussi des dégâts impressionnants.

Un bilan de 13 morts avait été donné en début d’après-midi par la Sécurité civile à Paris avant d’être revu à la baisse. L’essentiel des victimes auraient été recensé à Trèbes, une petite ville près de Carcassonne déjà frappée par un attentat islamiste en mars (quatre morts et une quinzaine de blessés).

En l’espace de 5 heures, « entre 160 et 180 mm d’eau sont tombés sur l’agglomération de Carcassonne », selon le préfet du département de l’Aude, Alain Thirion. Mais la situation n’est pas stabilisée et des débordements sont prévus dans les heures à venir, selon les services spécialisés.

Entre 160 et 180 mm
C'est la quantité d’eau qui est tombée sur l’agglomération de Carcassonne en 5 heures.

De nombreuses routes étant coupées, des habitants sont secourus par hélitreuillage. Un millier d’habitants de la commune de Pezens ont même été évacués dans la matinée à titre préventif en raison de risques de débordement d’un barrage.

Dans cette région de Carcassonne, les champs sont complètement inondés, plusieurs chaussées détruites ou impraticables avec des arbres tombés sur les routes. Des torrents d’eau boueuse enjambent la chaussée, les cours d’eau débordent. Des véhicules ont été emportés par les flots.

Les écoles ont été fermées et les habitants doivent rester chez eux. A Carcassonne, la préfecture a interdit toute circulation sur les ponts de la ville.

Pont écroulé

À Trèbes, la ville est quasi déserte et complètement investie par les secours, dont les pompiers habillés en hommes-grenouilles qui circulent en barques. « Tout est inondé, partout dans le village. Un pont s’est écroulé », a témoigné par téléphone une habitante de la commune voisine de Villegailhenc, Hélène Ségura.

« Il y a beaucoup de casse, beaucoup de destruction », a confirmé le maire, Michel Proust. « La solidarité va jouer entre la famille, les voisins. On n’a pas d’eau, pas d’électricité donc il va falloir distribuer de l’eau maintenant. »

Photo: Eric Cabanis Agence France-Presse Un millier d’habitants de la commune de Pezens ont été évacués dans la matinée à titre préventif en raison de risques de débordement d’un barrage.

Au monastère de la localité de Villardonnel, où une religieuse nonagénaire a trouvé la mort, « les dégâts sont considérables, les vitres ont explosé. On leur a prêté des chaises pour qu’ils puissent manger à sec à midi », a expliqué Roselyne Navarro, membre du comité d’action sociale de la ville.

Dans l’Hérault (sud), les fortes pluies qui touchent à la mi-journée en priorité l’ouest du département, proche de l’Aude, doivent se déplacer vers l’est dans l’après-midi et la soirée. Elles provoquent de fortes crues.

En Espagne voisine, la tempête Leslie a frappé dimanche avec moins d’intensité que prévu. La ville de Zamora (ouest) a enregistré des rafales de 100 km/h et des chutes d’arbres ont provoqué des coupures de courant affectant quelque 400 personnes. Initialement ouragan, Leslie errait sur l’océan Atlantique depuis le 23 septembre et s’était transformé en tempête post-tropicale à son arrivée sur les côtes portugaises.

Le remaniement du gouvernement français reporté

Attendu depuis près de deux semaines, le remaniement du gouvernement français a été reporté lundi par la présidence, qui a dit vouloir donner la priorité au secours des victimes des inondations.

Le président Emmanuel Macron a souhaité que le gouvernement soit disponible auprès des sinistrés et se rendra sur place « dès que possible », de façon à ne pas gêner les secours, a précisé son entourage.

Durant tout le week-end, le président et son premier ministre Édouard Philippe ont poursuivi d’intenses consultations pour finaliser ce remaniement, provoqué par le départ du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, et qui doit donner un nouveau souffle au quinquennat d’Emmanuel Macron après un été et une rentrée chaotiques.

Le temps pris pour finaliser la nouvelle équipe, très inhabituel en France, continuait d’ailleurs de concentrer les critiques de l’opposition.