La Catalogne divisée

Le 1er octobre 2017, les Catalans disaient oui à 90% à l’indépendance de la région, lors d’un scrutin référendaire jugé illégal par Madrid. Un an plus tard, l’indépendance n’a toujours pas été mise en œuvre.
Photo: Jorge Guerrero Agence France-Presse Le 1er octobre 2017, les Catalans disaient oui à 90% à l’indépendance de la région, lors d’un scrutin référendaire jugé illégal par Madrid. Un an plus tard, l’indépendance n’a toujours pas été mise en œuvre.

Un an après le référendum sur l’autodétermination, la Catalogne est encore loin d’être un pays, confrontée qu’elle est à l’intransigeance de Madrid et à des divisions importantes au sein des rangs indépendantistes.

« L’idée que la Catalogne fasse son indépendance est encore plus improbable aujourd’hui qu’il y a un an », laisse tomber Frédéric Mérand du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM).

Le 1er octobre 2017, les Catalans disaient oui à 90 % à l’indépendance de la région, lors d’un scrutin référendaire controversé, jugé illégal par Madrid. Mais un an plus tard, l’indépendance n’a toujours pas été mise en oeuvre. Les porte-voix du mouvement indépendantiste ont été pour la plupart incarcérés — ou se sont exilés — et la région a été mise sous tutelle par l’ancien gouvernement espagnol de Mariano Rajoy.

De quoi marquer au fer rouge la société catalane, qui en ressort affaiblie et surtout moins soudée qu’elle ne l’était il y a un an, constate le professeur Mérand. Une partie considérable des habitants de la région s’oppose encore plus radicalement à la sécession depuis le référendum.

Et parmi les indépendantistes, certains refusent toute négociation avec le gouvernement espagnol, tandis que d’autres se montrent plus ouverts aux discussions dans l’espoir d’obtenir, au moins, une plus grande autonomie pour la région.

Dimanche, la tension était d’ailleurs palpable au sein des forces séparatistes, qui ont échangé de vives critiques au lendemain d’affrontements entre manifestants indépendantistes et policiers à Barcelone.

Alors que les forces de l’ordre se rassemblaient samedi pour exiger un meilleur salaire, des séparatistes — encore marqués par les violences policières du référendum de 2017 — ont organisé une contre-manifestation. Ils ont lancé de la peinture, des oeufs et toutes sortes d’objets sur les policiers, qui ont mené six arrestations. En tout, une trentaine de personnes ont été blessées dans les affrontements.

La CUP, parti séparatiste d’extrême gauche et soutien de la contre-manifestation, a réclamé dimanche la démission du responsable de l’Intérieur du gouvernement régional, Miquel Buch, pour avoir « permis une manifestation qui faisait l’apologie de la violence policière ».

Le gouvernement de Catalogne de Quim Torra — un fidèle de Carles Puigdemont, exilé en Belgique — est vivement critiqué pour son ouverture à la discussion avec le nouveau président de l’Espagne élu en juin, Pedro Sanchez.

Mobilisation

Malgré les divisions au sein du mouvement indépendantiste, la mobilisation est toujours existante, fait remarquer de son côté Alain G. Gagnon, professeur de sciences politiques à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Il rappelle qu’un million de Catalans sont descendus dans les rues de Barcelone le 11 septembre pour célébrer en grand la Diada, la fête nationale catalane.

Si la situation semble dans l’impasse quant à la mise en place de l’indépendance de la région, le référendum n’a pas été organisé pour rien, croit M. Gagnon.

« C’est une défaite sur le plan politique, mais c’est une petite victoire sur le plan sociétal, juge-t-il. La grande mobilisation des forces indépendantistes est vue comme un geste de détermination, de résistance et de citoyenneté. Les Catalans ont montré qu’ils pouvaient s’organiser pour exiger une démocratie plus accessible et un meilleur partage du pouvoir. »

À son avis, c’est plutôt l’Espagne qui est perdante dans l’histoire : son image à l’international a « grandement souffert » dans la dernière année. « Les violences contre les manifestants, l’intransigeance de Madrid et les nombreuses incarcérations ont diffusé une vision très autoritaire de l’Espagne », note le professeur à l’UQAM.

Frédéric Mérand ne partage pas son opinion. « Pour les pays européens, la crise politique est réglée. On n’en parle plus du tout : il n’y aura pas d’indépendance. » Il rappelle d’ailleurs que peu après la déclaration d’indépendance de la Catalogne, en octobre dernier, l’Union européenne a indiqué qu’elle ne reconnaîtrait pas la République catalane. « L’Union européenne, c’est un club très “sélect”. Il faut être solidaire les uns avec les autres et ne pas encourager les mouvements séparatistes. »

Difficile d’imaginer la Catalogne devenir un pays pour le moment, confirme Alain G. Gagnon. Il estime qu’un sommet entre Quim Torra et Pedro Sanchez — qui se dit pour un fédéralisme plurinational — serait la solution politique facile et envisageable. « Ils pourraient négocier une plus grande autonomie — et non l’indépendance — pour la Catalogne », dit-il.

Avec l'Agence France-Presse