Les Suédois votent aux élections législatives

Quelque 7,5 millions d’électeurs ont commencé à voter dimanche.
Photo: Jonathan Nackstrand Agence France-Presse Quelque 7,5 millions d’électeurs ont commencé à voter dimanche.

La Suède va-t-elle à son tour faire le choix du repli dans une Europe déchirée sur sa politique migratoire ? Quelque 7,5 millions d’électeurs votaient dimanche en Suède lors de législatives à suspens qui devraient signer la fin de la domination des grands partis au profit de l’extrême droite.

Alors que le premier ministre social-démocrate Stefan Löfven présente ces législatives comme un « référendum pour l’État-providence », l’extrême droite en a fait un plébiscite contre sa politique migratoire.

La Suède, qui compte 18,5 % d’habitants nés à l’étranger, a enregistré 160 000 demandes d’asile pour la seule année 2015, la plus forte proportion d’Europe rapportée au nombre d’habitants, 400 000 au total depuis 2012.

En septembre 2015, Stefan Löfven justifiait l’ouverture au nom d’« une Europe qui n’édifie pas de murs ». Deux mois plus tard, il annonçait un tour de vis migratoire et le rétablissement des contrôles aux frontières.

Les enquêtes d’opinion créditent de 16 à près de 25 % des voix le parti des Démocrates de Suède (SD) qui, à l’image du parti Alternative pour l’Allemagne (AfD), dénonce l’immigration comme une menace « culturelle » et réclame le renvoi de centaines de milliers de personnes.

« Ceux qui ont la chance de venir ici devraient vivre comme nous […]. Quand nous allons dans des pays musulmans, nous devons nous adapter alors qu’ici, on est libre de faire comme on veut », se désole Therese, une jeune électrice SD.

Le leader d’extrême droite Jimmie Åkesson a voté à l’Hôtel de ville de Stockholm.

« On va faire une bonne élection. Tout indique que nous allons faire un bond […]. Entre 20 et 30 % serait un résultat satisfaisant », a-t-il confié.

Au sortir de l’isoloir, le premier ministre a présenté les sociaux-démocrates comme un rempart contre les Démocrates de Suède, « un parti extrémiste et raciste », seule assurance selon lui qu’ils n’aient « pas d’influence sur l’exécutif ».

Ancien métallo de 61 ans, le premier ministre et son parti devraient réaliser leur plus mauvais score depuis l’introduction de la proportionnelle en 1911.

Stefan Löfven a perdu des électeurs sur sa gauche et sur sa droite, les uns lui reprochant d’avoir laissé grand ouvertes les portes du pays aux demandeurs d’asile, les autres de les avoir aussitôt refermées.

« Forces haineuses »

Les bureaux de vote ont ouvert à 8 h (2 h à Montréal). La participation est généralement une des plus élevées de l’Union européenne (86 % en 2014).

Si les électeurs d’extrême droite sont en moyenne plus mobilisés, les électeurs d’origine étrangère, eux, se déplacent moins. À Rinkeby, une banlieue défavorisée de Stockholm, Hassan Abdullahi a exercé son droit de vote.

« Je n’ai pas peur mais je suis inquiet », a-t-il déclaré à l’AFP. La veille du scrutin, Stefan Löfven a fustigé « les forces haineuses », tandis que le patron des conservateurs, Ulf Kristersson, a appelé à « isoler les forces » du « repli ».

Le chef du gouvernement est traditionnellement le dirigeant du parti ayant obtenu le plus grand nombre de voix mais le nouveau paysage politique fragmenté de la Suède rend toute conjecture particulièrement hasardeuse.

Aucun camp, ni le bloc « rouge-vert » sortant ni l’opposition « bourgeoise » n’étant à même d’obtenir plus de 50 % des 349 mandats en jeu au Riksdag, le parlement suédois, de laborieuses tractations seront nécessaires pour trouver une majorité, ou la moins faible des alliances.

« Pacte avec le diable »

L’opposition est déterminée à déloger les sociaux-démocrates, quitte, souhaiteraient certains, à dynamiter le cordon sanitaire qui, jusqu’ici, tient les Démocrates de Suède à distance d’une influence politique directe.

Stratégie qui pourrait s’avérer risquée, tant centristes et libéraux ont dit et redit leur refus d’un « pacte avec le diable ».

Et sept sympathisants conservateurs sur dix ne veulent pas entendre parler d’une main tendue à l’extrême droite.

Samedi soir, en meeting dans la capitale, Jimmie Åkesson a lancé un ultimatum au chef conservateur : « Kristersson a 24 heures pour répondre à la question : es-tu prêt à coopérer avec moi ou avec Stefan Löfven ? ».

L’intéressé a botté en touche dimanche matin. La seule « garantie pour déboulonner le gouvernement sortant » est de « voter pour les quatre partis » de l’Alliance de centre-droit, a déclaré Ulf Kristersson à l’AFP.

La fin de campagne a été marquée par le « dérapage » de Jimmie Åkesson qui lors d’un débat télévisé vendredi soir a estimé que si les étrangers ne trouvent pas de travail, c’est qu’ils « ne sont pas adaptés » à la Suède.

« Bas les masques, il a montré le vrai visage de son parti », a réagi la ministre écologiste chargée de l’aide au développement, Isabella Lövin.