La Saxe, terreau fertile du mouvement anti-migratoire

Manifestation organisée par le parti anti-immigrants, anti-Merkel et anti-islam AfD (Alternative pour l’Allemagne) à Erfurt en février 2016
Photo: Jens Meyer Associated Press Manifestation organisée par le parti anti-immigrants, anti-Merkel et anti-islam AfD (Alternative pour l’Allemagne) à Erfurt en février 2016

La région de Saxe, où l’extrême droite mobilise l’opinion contre les étrangers après une altercation mortelle, est un bastion de cette mouvance en Allemagne et un haut lieu de la contestation d’Angela Merkel et de sa politique migratoire.

Frontalier de la Pologne et de la République tchèque, dans l’ex-RDA, la Saxe avait provoqué un tremblement de terre politique lors des élections législatives de septembre 2017 : le parti anti-immigrants, anti-Merkel et anti-islam AfD (Alternative pour l’Allemagne) est devenu la première force politique régionale avec 27 % des voix, soit deux fois plus que la moyenne nationale.

Dans la ville même de Chemnitz, où une manifestation d’extrême droite dimanche s’est transformée en « chasse collective » aux étrangers après la mort d’un Allemand de 35 ans, tué à coups de couteau lors d’une altercation pour laquelle la police soupçonne un Syrien et un Irakien, l’AfD avait enregistré près de 25 % des suffrages à l’époque.

Avec 4,1 millions d’habitants, la région compte pourtant très peu d’étrangers : 4,4 % seulement, contre 15 % dans certains Länder de l’Ouest, par exemple.

4,4 %
C’est la proportion d’étrangers résidant dans ce Land. Le pourcentage monte à 15 % dans certaines régions de l’Ouest.

Attaques

Les attaques contre les foyers de demandeurs d’asile ou contre les réfugiés se sont multipliées depuis l’arrivée en Allemagne de plus d’un million de migrants en 2015 et 2016, pour beaucoup musulmans, à la suite de l’ouverture des portes du pays par la chancelière allemande.

En février 2016, à Clausnitz, des sympathisants d’extrême droite avaient violemment pris à partie un bus transportant des réfugiés. La police, qui avait évacué des migrants du véhicule de manière musclée, avait ensuite été vivement critiquée.

À Bautzen, des sympathisants d’extrême droite avaient également applaudi et « fêté » l’incendie d’un bâtiment devant servir à accueillir des réfugiés et empêché partiellement le travail des pompiers.

Quelques mois plus tard dans cette même ville, des échauffourées avaient éclaté avec des migrants.

La chancelière Angela Merkel est copieusement sifflée dès qu’elle se rend en Saxe, les policiers sont la cible de jets de pierres et de bouteilles, des équipes de journalistes de télévision ont aussi été prises à partie.

Collusion

Une polémique a aussi récemment éclaté au sujet de la police de la capitale saxonne, Dresde, accusée de collusion avec l’extrême droite après l’interpellation d’une équipe de la télévision publique qui filmait une manifestation.

C’est aussi dans ce Land que les néonazis ont connu leurs premiers succès électoraux dans les années 1990 et 2000.

Les « Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident » (Pegida) y ont lancé leur mouvement à l’automne 2014, par des manifestations anti-immigrants tous les lundis soir dans leur fief de Dresde, capitale de la Saxe.

En janvier 2015, au moment des attentats en France contre le journal satirique Charlie Hebdo et un supermarché casher, le mouvement avait réussi à réunir 25 000 participants à l’une de ses marches.

Mais ce nombre a ensuite fortement décliné et son fondateur, Lutz Bachmann, a été condamné pour incitation à la haine et a dû régler une amende de 10 000 euros pour avoir qualifié les migrants de « bétail » et de « rebut ».