Rome hausse le ton vis-à-vis de Bruxelles

150 migrants sont toujours à bord du «Diciotti» dans un port sicilien, le ministre de l’Intérieur italien refusant catégoriquement leur débarquement.
Photo: Giovanni Isolino Agence France-Presse 150 migrants sont toujours à bord du «Diciotti» dans un port sicilien, le ministre de l’Intérieur italien refusant catégoriquement leur débarquement.

L’Italie a confirmé vendredi sa volonté d’engager un bras de fer avec l’Union européenne sur la question de la répartition des migrants, dont 150 sont toujours bloqués en Sicile, en menaçant de réduire sa contribution au budget européen.

« Ligne dure », ultimatum, Rome a fait savoir vendredi par la voix des deux poids lourds de la majorité gouvernementale, Luigi di Maio, leader du Mouvement 5 Étoiles (M5S, antisystème), et Matteo Salvini, patron de la Ligue (extrême droite), que le temps de l’« humiliation » était révolue.

« L’Union européenne a décidé de tourner le dos à l’Italie encore une fois », a écrit vendredi M. Di Maio, vice-premier ministre italien, sur sa page Facebook. « Nous sommes prêts à réduire les fonds que nous donnons à l’Union européenne », a-t-il ajouté, prenant acte de l’absence d’accord vendredi à Bruxelles à l’issue d’une réunion informelle sur la question migratoire.

Son alter ego au gouvernement, le ministre de l’Intérieur et vice-premier ministre Matteo Salvini, lui a emboîté le pas dans la soirée sur une radio italienne. « Si, en Europe, ils font semblant de ne pas comprendre, étant donné que nous payons abondamment, on fera ce qu’il faut pour payer un peu moins », a-t-il déclaré.

« L’Italie est obligée de prendre acte du fait que l’Europe a perdu aujourd’hui une bonne occasion » de montrer son attachement aux « principes de solidarité et responsabilité » qu’elle cite toujours comme étant des « valeurs fondamentales », a déploré de son côté sur Facebook le chef du gouvernement, Giuseppe Conte. Sans donner de détails, il a ajouté que l’Italie allait « en tirer les conséquences ».

Les menaces en Europe « ne servent à rien et ne mènent « nulle part », a répliqué vendredi un porte-parole de la Commission à Bruxelles, Alexander Winterstein. « Les commentaires peu constructifs n’aident pas et ne nous rapprochent pas d’une solution », a-t-il insisté.

Jamais un État membre n’a refusé de payer sa contribution, obligation inscrite dans les traités de l’UE, a noté Alexandre Winterstein.

Selon les chiffres de la Commission européenne, en 2016 l’Italie a contribué au budget à hauteur de près de 14 milliards d’euros, et reçu 11,6 milliards à travers différents programmes européens. En 2017, les fonds reçus par l’Italie se montaient à 10 milliards, car les chiffres évoluent chaque année.

Le nouveau gouvernement populiste italien a accru la pression sur les autres pays de l’UE pour qu’ils partagent davantage la prise en charge des arrivants. Quelque 700 000 migrants ont débarqué sur les côtes italiennes depuis 2014, mais le nombre de ces arrivées avait diminué de plus de 80 % à la fin de juin par rapport à l’an dernier, selon le ministère de l’Intérieur.

Ce regain de tension survient une semaine après le sauvetage de 190 migrants, du 15 au 16 août dernier, en Méditerranée, par le Diciotti, navire des garde-côtes italiens.

« Situation critique »

Plusieurs personnalités en Italie ont dénoncé les conditions de vie de ces 150 migrants, des hommes et des femmes essentiellement originaires d’Érythrée, entassés depuis plus d’une semaine sur le pont du Diciotti. Une quarantaine d’entre eux ont été autorisés à débarquer, dont une trentaine de mineurs non accompagnés.

Le Défenseur des droits des détenus, une institution officielle indépendante, a adressé vendredi un courrier aux parquets de Catane et d’Agrigente, en Sicile, où il fait état d’une « situation critique » des migrants à bord du Diciotti pouvant exposer l’Italie « au risque de condamnations par des instances internationales ».

Les deux parquets siciliens ont du reste ouvert une enquête sur le Diciotti, pour association de malfaiteurs visant le trafic d’êtres humains, mais aussi pour séquestration de personnes, le maintien à bord des migrants pouvant être jugé illégal.

« Si un juge veut m’arrêter, je l’attends, aucun problème », a lancé vendredi le ministre de l’Intérieur.

Selon les médias italiens, une petite partie des migrants du navire ont entamé une grève de la faim pour protester contre leur maintien à bord. Joints par l’AFP, les garde-côtes ont indiqué que ces migrants « avaient refusé de prendre leur petit-déjeuner vendredi matin ».

Dans l’après-midi, les 150 migrants ont finalement accepté de prendre le repas proposé par les garde-côtes à bord du Diciotti, selon plusieurs médias.

« Cinq millions d’Italiens en situation de pauvreté absolue font la grève de la faim tous les jours, dans le silence des journalistes et bien-pensants. Les Italiens d’abord », a rétorqué Matteo Salvini.