Le ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini s’obstine

150 migrants sont toujours coincés sur le «Diciotti», dans un port sicilien, alors qu’ils ont été secourus le 15 août.
Photo: Giovanni Isolino Agence France-Presse 150 migrants sont toujours coincés sur le «Diciotti», dans un port sicilien, alors qu’ils ont été secourus le 15 août.

Une semaine après le sauvetage de près de 200 migrants par le navire Diciotti, le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini, poursuit sans relâche son combat pour empêcher le débarquement des quelque 150 adultes encore à bord.

« Personne ne débarquera en Italie sans mon autorisation », a réitéré jeudi M. Salvini à la radio, disant refuser que l’Italie devienne « un camp de réfugiés » pour le compte du reste de l’Europe.

Le Diciotti des garde-côtes italiens a secouru dans la nuit du 15 au 16 août 190 migrants. Treize d’entre eux ont été débarqués pour des raisons sanitaires sur l’île de Lampedusa, puis le navire a accosté lundi à Catane, en Sicile.

Résolu à empêcher coûte que coûte le débarquement des 177 personnes restées à bord, Matteo Salvini a engagé depuis un bras de fer avec à peu près tout le monde : des magistrats qui enquêtent sur une possible séquestration de personnes au président de la République Sergio Mattarella, inquiet pour l’image de l’Italie, en passant par ses partenaires européens, accusés de ne pas tenir leurs promesses.

« Je ne donne aucune autorisation au débarquement. Si le président de la République veut le faire, qu’il le fasse ; si le président du Conseil [Giuseppe Conte, chef du gouvernement] veut le faire, qu’il le fasse. Mais ils le feront sans l’accord du vice-premier ministre et ministre de l’Intérieur », a écrit mercredi Matteo Salvini sur Facebook.

Personne ne débarquera en Italie sans mon autorisation

 

Le procureur sicilien d’Agrigento a ouvert une enquête pour « séquestration de personnes », mais Matteo Salvini fait la sourde oreille.

M. Salvini a dû toutefois céder mercredi en ce qui concerne les mineurs non accompagnés : 27 migrants, âgés de 14 à 16 ans, ont débarqué tard dans la nuit. Certains portaient encore les traces de leur séjour en Libye.

« L’un d’entre eux ne voit plus très bien. Il a les pupilles dilatées parce que, m’a-t-il raconté, il a été détenu dans le noir pendant un an », a raconté Nathalie Leiba, psychologue auprès de l’ONG Médecins sans frontières, qui a pu venir en aide à certains de ces jeunes migrants.

Les adultes devront attendre en dépit des pressions qui se renforcent. Une délégation de l’institution officielle italienne responsable des droits des détenus a pu se rendre jeudi à bord. « Nous avons trouvé ce que nous pensions trouver : des personnes privées de liberté, sans décision judiciaire et donc une violation », a raconté à la presse Daniela De Robert, membre de cette délégation.

Ces migrants « vivent et dorment sur le pont, il n’y a pas de douche et il y a seulement deux toilettes », a-t-elle ajouté.

« Sur le Diciotti, il n’y a que des immigrés illégaux » n’ayant pas le droit à la protection humanitaire réservée aux réfugiés, a assuré jeudi M. Salvini, après le débarquement des 27 jeunes migrants, presque tous originaires de l’Érythrée. Ce pays a imposé un service militaire obligatoire, assimilable à de l’esclavage pour les Nations unies.

Jeudi, M. Salvini a encore haussé la barre, assurant qu’il n’était pas question d’autoriser plus de débarquements avant d’avoir obtenu des explications des pays de l’Union européenne (UE) ayant promis d’accueillir des migrants arrivés en Italie en juillet.

« Vous vous souvenez des 450 migrants arrivés en juillet ? L’Allemagne avait promis d’en accueillir 50, elle en a pris 0. Le Portugal avait accepté d’en accueillir 50, il en a pris 0. L’Espagne avait accepté d’en accueillir 50, elle en a pris 0 », a-t-il écrit sur Facebook.

Frontex veut plus d’expulsions

Paris — Les États européens doivent intensifier les expulsions d’étrangers en situation irrégulière sans quoi « on ne résoudra pas le problème des migrants », a estimé le patron de l’agence européenne des frontières Frontex, Fabrice Leggeri, dans une interview au groupe Ebra.

« Si on continue ainsi, on envoie un message implicite aux migrants potentiels : tenter à tout prix de passer en Europe, car même si on est pris, on a toutes les chances d’y rester », a-t-il affirmé, avec le risque de voir « des clandestins créer dans certains quartiers une forme de société parallèle, fonctionnant sur une économie noire, comme des "bulles" où la loi ne s’applique pas », ce qui « est insupportable dans un État de droit ».