L’Italie dit adieu aux victimes du pont effondré

L'archevêque de Gênes, le cardinal Angelo Bagnasco, bénit les cercueils lors des funérailles nationales des victimes de l'effondrement du pont de Morandi, à Gênes, le 18 août 2018.
Photo: Andrea Leoni Agence France-Presse L'archevêque de Gênes, le cardinal Angelo Bagnasco, bénit les cercueils lors des funérailles nationales des victimes de l'effondrement du pont de Morandi, à Gênes, le 18 août 2018.

L’Italie a adressé un adieu sobre et solennel samedi aux victimes de l’effondrement d’un pont autoroutier lors de funérailles nationales à Gênes boycottées par la moitié des familles des victimes confirmées, tandis que les secouristes ont encore retrouvé des corps dans les décombres.

Quatre autres corps ont été découverts dans la nuit de vendredi à samedi dans les décombres de l’effondrement du pont Morandi tandis qu’une personne a succombé à ses blessures.
 

Le bilan des victimes de cette tragédie s’élève maintenant à 43 morts.
 

Trois membres d’une même famille, dont un enfant, ont été trouvés dans une voiture écrasée sous un immense bloc de ciment. Puis, le corps d’un homme de 30 ans a aussi été extirpé des débris.
 

Deux autres personnes seraient toujours portées manquantes, alors que les secouristes poursuivent leur opération de recherches.


Funérailles nationales
La cérémonie solennelle catholique a duré un peu plus d’une heure dans un grand hall du parc des expositions de Gênes, en présence des plus hauts responsables de l’État et de milliers d’habitants de ce port du nord de l’Italie.
 

De longs applaudissements ont salué la lecture des prénoms des 38 morts identifiés et l’évocation des dernières victimes encore non identifiées.

  
 Dans tout le pays, les drapeaux sont en berne et l’éclairage de nombreux monuments, dont le Colisée à Rome, s’éteindra dans la soirée.
 

Pour la reprise du championnat de football ce week-end, les joueurs observeront une minute de silence et porteront un brassard noir. Les matchs des deux équipes de Gênes, la Sampdoria et le Genoa, ont en revanche été reportés. Dirigeants et joueurs des deux clubs sont venus ensemble aux funérailles.

« Allah Akbar »

Chacun entouré par une poignée de proches souvent en larmes, les 19 cercueils étaient alignés sous d’énormes gerbes de fleurs. Un peu en avant, le petit tout blanc de Samuele, 8 ans, fauché avec ses parents alors que la famille partait prendre un ferry pour des vacances en Sardaigne.

« J’ai perdu un ami mais je suis venu pour toutes les victimes », a confié un habitant, Nunzio Angone, arrivant par l’entrée des proches des victimes.

La cérémonie a aussi été marquée par un temps de prière islamique pour deux Albanais musulmans. Dans un pays où l’extrême droite est au pouvoir et où les violences verbales et physiques se multiplient contre les étrangers et contre les musulmans, un imam a mené quelques minutes de prière en silence, ponctuées de quatre « Allah Akbar » résonnants.

Tous les plus hauts responsables de l’État étaient présents, mais aussi les principaux dirigeants d’Autostrade per l’Italia.

« C’est une tragédie inacceptable », a fait valoir à la télévision le président Sergio Mattarella, les yeux rouges, après la fin de la cérémonie, évoquant son engagement « à ce que des enquêtes rapides et rigoureuses aboutissent à des condamnations ».

Les familles d’une partie des victimes ont cependant choisi de ne pas participer à la cérémonie, certains préférant des funérailles plus intimes et dans leur ville, d’autres annonçant clairement un boycott.

« Mon fils a été assassiné », a répété vendredi sur toutes les ondes le père de l’un des quatre jeunes de Torre del Greco, près de Naples, morts sur la route de leurs vacances, en pointant la responsabilité de l’État.

« On ne doit pas mourir de négligence, d’incurie, d’irresponsabilité, de superficialité, de bureaucratisme », a martelé l’archevêque de Naples, Crescenzio Sepe, dans son homélie lors des obsèques des quatre jeunes, célébrées vendredi comme pour d’autres victimes à travers l’Italie.

L’archevêque de Gênes, Angelo Bagnasco, a gardé un ton réconfortant. « Gênes ne se rend pas. L’âme de son peuple est traversée ces jours-ci de mille pensées et sentiments, mais elle continuera à lutter », a-t-il assuré.

On ne doit pas mourir de négligence, d’incurie, d’irresponsabilité, de superficialité, de bureaucratisme

 

Les photos souriantes et les destins brisés des victimes s’affichaient dans tous les journaux italiens : un ancien champion de moto trial, un médecin et une infirmière qui allaient se marier, des jeunes Français partis faire la fête, trois Chiliens qui s’étaient installés en Italie, un routier napolitain qui rentrait après une livraison en France, un couple de retour de voyage de noces…

Haro sur la société gestionnaire

Face à l’émotion et à la colère, le gouvernement a attaqué Autrostrade per l’Italia, la famille Benetton qui contrôle le groupe, l’incurie des gouvernements précédents — même si la Ligue a toujours été un allié au pouvoir de Silvio Berlusconi — et l’Union européenne.

Vendredi, le ministère des Infrastructures a officiellement adressé un courrier à Autostrade en vue de révoquer la concession de la société sur le tronçon du pont.

Après avoir assuré dans la semaine du sérieux de ses contrôles et prévenu qu’une révocation « en l’absence de toute certitude sur les causes effectives » du drame coûterait cher en indemnités à l’État — la presse et l’opposition parlent de milliards d’euros —, Autostrade a annoncé une conférence de presse samedi après-midi à Gênes.

Les dirigeants comptent faire état de leurs efforts pour fournir « une aide concrète » à la ville, aux proches des victimes et aux centaines de personnes dont les habitations sont condamnées.