Amputée du pont Morandi, Gênes redoute le chaos de la rentrée

Plus de 25 millions de véhicules empruntaient chaque année le pont Morandi, dont l’effondrement mardi a fait au moins 38 morts.
Photo: Agence France-Presse Plus de 25 millions de véhicules empruntaient chaque année le pont Morandi, dont l’effondrement mardi a fait au moins 38 morts.

La ville est un entrelacs de tunnels et de viaducs, coincée entre mer et montagne et asphyxiée par la circulation automobile : à Gênes, amputée depuis mardi de son pont le plus important, habitants et experts redoutent le chaos.

« Gênes résout son problème de trafic », titrait le Corriere della Sera en mars 1964, peu après le début des travaux de construction du pont Morandi, dont l’effondrement mardi a fait au moins 38 morts.

L’écroulement de ce monstre de ciment pose un réel défi à cette ville de 600 000 habitants : plus de 25 millions de véhicules empruntaient chaque année cette construction située sur un des principaux axes nord-sud de l’Italie et point de passage essentiel vers la France.

De plus, l’économie de Gênes, qui dessine avec Turin et Milan le « triangle industriel » italien, tourne beaucoup autour de son port, le plus important du pays. Or, la ville pourrait devenir impraticable dès la fin des vacances d’été.

Dans cette zone au relief escarpé et où la montagne plonge dans la mer, l’espace est rare. « Le pont Morandi était l’unique point de passage entre l’est et l’ouest de la ville susceptible d’absorber des volumes élevés de trafic », explique Giovanni Vecchio, chercheur à l’École polytechnique de Milan et expert en mobilité urbaine.

« Et c’était également un passage obligé pour aller vers le nord de la région ou la France, voire, dans certains cas, pour relier différentes parties du port », ajoute-t-il.

Pour l’instant, la pause estivale rend les désagréments supportables, mais pour éviter de surcharger les axes menant au port, l’expert suggère de dérouter certains bateaux vers d’autres ports voisins.

Devant cette perspective, la confédération syndicale UGL a demandé au gouvernement de « débloquer un fonds extraordinaire de 15 milliards d’euros pour sauvegarder l’emploi et les entreprises de Ligurie et réactiver immédiatement un noeud stratégique fondamental pour l’Italie ».

« En temps normal, c’est déjà le bordel dans la ville dès qu’il y a un accident sur l’autoroute, alors sans le pont Morandi, n’en parlons pas », lâche Maurizio Campara, chauffeur de bus sur la ligne 1, qui dessert le port maritime.

« Ça va être un chaos total, car c’était un pont qui desservait toutes les zones de la ville », affirme Francesco Bucchieri, un habitant de 62 ans.

« Sans le pont, la ville est coupée en deux. En septembre, quand les vacances seront finies, que l’école et l’activité va reprendre, ça va être un drame.Tous les camions vont affluer sur la ville », prédit Gianpiero Santini, chauffeur de taxi à Gênes depuis 2003.

Autostrade per l’Italia, gestionnaire de l’autoroute, a assuré qu’il était possible de reconstruire le pont en cinq mois une fois le site libéré des opérations de recherche et d’enquête. Mais le gouvernement veut retirer la concession à la société, désignée coupable.