Catastrophe de Gênes: les sauveteurs à l’oeuvre toute la nuit

Photo: Valery Hache Agence France-Presse À la tombée de la nuit, dans un amas impressionnant de tôles et de béton, des centaines de secouristes fouillaient encore les décombres du viaduc.

Les secouristes continuaient mercredi à fouiller des tonnes de ciment et d’acier à la recherche de nouvelles victimes après l’effondrement, la veille, d’un pont dans la ville de Gênes, sur une importante autoroute qui relie l’Italie à la France.

Des dizaines de voitures et de camions ont fait une chute de 45 mètres.

Le bilan de la catastrophe a été porté mercredi à 39 morts, dont trois enfants.

 

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Des experts tentent de déterminer pourquoi une section de 80 mètres a soudainement cédé. Le pont de Morandi, construit en 1967, attendait des rénovations depuis un bon moment, d’autant plus que la circulation automobile y est aujourd’hui plus lourde que ce qui avait été envisagé par ses concepteurs.

Le bilan, encore provisoire et incertain, est très lourd. Le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini, qui se trouvait en Sicile, a évoqué « une trentaine de morts confirmés et beaucoup de blessés graves », promettant que les responsables allaient « payer, payer tout et payer cher ».

« C’est une catastrophe qui a frappé Gênes et toute l’Italie. Un drame effrayant et absurde s’est abattu sur des personnes et des familles », a déclaré le président italien Sergio Mattarella dans un communiqué.

À la tombée de la nuit, dans un amas impressionnant de tôles et de béton, des centaines de secouristes fouillaient les décombres du viaduc avec l’aide de chiens, à la recherche de survivants.

Selon la protection civile italienne, en comptant toutes les personnes impliquées (les pompiers, les policiers, la Croix-Rouge…), les secours ont mobilisé un millier de personnes.

« L’espoir ne cesse jamais, nous avons déjà sauvé une dizaine de personnes sous les décombres, on va travailler 24 heures sur 24 », a déclaré à l’AFP un responsable des pompiers, Emanuele Gissi.

« Les opérations se poursuivent ce soir et vont durer toute la nuit », a déclaré ce responsable. « Les 240 pompiers engagés vont se relayer toute la nuit en travaillant à la lumière des projecteurs. »

« Sur certaines zones, après une première phase où les cavités ont été explorées par les personnels, nous faisons intervenir maintenant des pelleteuses pour déplacer les morceaux de béton les plus volumineux pour retrouver des victimes », a-t-il expliqué.

  
Un pompier français venu en renfort, Patrick Villardry, a souligné la grande difficulté de ces opérations. « Les premières victimes de surface ont été évacuées, maintenant il faut rechercher sous les décombres des bâtiments, mais il y a des milliers de tonnes de béton », a dit à l’AFP.
 

Le ministre des Transports et des Infrastructures, Danilo Toninelli, a évoqué « une immense tragédie ».

Mercredi, Luigi di Maio, vice-premier ministre et chef de file du Mouvement 5 Etoiles, se rendra sur les lieux dans la matinée avec M. Toninelli.

M. Salvini, chef de la Ligue et lui aussi vice-premier ministre, est attendu dans l’après-midi de mercredi sur le site de l’effondrement, le plus meurtrier en Europe depuis 2001.

« J'ai vu la route disparaître »

Le drame s’est déroulé en fin de matinée, sous une pluie battante. Dans un énorme grondement, qui a fait craindre aux riverains un tremblement de terre, le pont Morandi s’est effondré sur plus de 200 mètres, entraînant une trentaine de voitures et plusieurs poids-lourds.

De l’une de ces voitures, Davide Capello, 36 ans, lui-même pompier, est sorti sans une égratignure. « D’abord j’ai entendu un bruit, puis tout s’est écroulé », a-t-il raconté, encore sous le choc.

« J’ai vu la route disparaître, ça a été une énorme frayeur. Je ne sais pas comment ma voiture n’a pas été écrasée ».

Afifi Idriss, chauffeur routier marocain de 39 ans, a lui aussi eu de la chance : « J’ai vu le camion vert devant s’arrêter et faire marche arrière, je me suis arrêté, j’ai fermé le camion et je suis parti en courant », a-t-il raconté à l’AFP.

Photo: Valéry Hache Agence France-Presse Le camion vert d'Afifi Idriss était toujours là mardi soir, juste avant le trou béant du pont écroulé.

Le camion vert était toujours là mardi soir, juste avant le vide béant.

« Je suis passé [sur ce pont] des milliers de fois, il y avait toujours des travaux », a raconté à l’AFP Sandro, un chauffeur de taxi de 53 ans.

Mais très vite, le choc a fait place à la colère.

« Je ferai tout pour avoir les noms et les prénoms des responsables passés et présents. Il est inacceptable de mourir comme ça en Italie », a lancé M. Salvini. « Ils devront payer, payer tout et payer cher ».

Travaux de consolidation

Le président Mattarella a appelé à « un examen sérieux et sévère des causes » du drame. « Aucune autorité ne pourra se soustraire à un exercice de pleine responsabilité : les familles de tant de victimes l’exigent, de même que la communauté frappée par un événement qui laissera des traces ».

« Les Italiens ont droit à des infrastructures modernes et efficaces », a ajouté le président.

Le pont Morandi, long de 1,18 km, est un ouvrage en béton de la fin des années 1960 qui a connu selon les experts des problèmes structurels dès sa construction et faisait l’objet d’un coûteux entretien lié en particulier aux fissures et à la dégradation du béton.

Selon la société italienne des autoroutes, « des travaux de consolidation étaient en cours sur la base du viaduc », qui faisait l’objet « d’activités constantes d’observation et de vigilance ».

Le vice-ministre des Infrastuctures Edoardo Rixi s'est toutefois montré très pessimiste sur l'avenir de l'ouvrage. « Tout le pont Morandi devra être démoli », a-t-il déclaré selon l'agence de presse italienne ANSA, prévoyant de graves conséquences pour la circulation et pour la ville de Gênes dans son ensemble.

« Un pont de ce genre ne s'effondre pas à cause d'un éclair ou d'un orage, il faut trouver les coupables », a dit ce vice-ministre.

« Ces tragédies ne peuvent pas arriver dans un pays civilisé comme l’Italie. La maintenance est prioritaire sur toute autre chose et les responsables devront payer », a lui aussi insisté M. Toninelli.

L’autoroute A10, dite « autoroute des fleurs », relie Gênes à Vintimille, à la frontière française. En raison du relief très accidenté de la région, entre mer et montagne, son parcours est jalonné de longs viaducs et de tunnels.