Italie: les populistes font adopter une loi controversée sur le travail

«Citoyens 1 — Système 0», a «tweeté» mardi Luigi Di Maio (à gauche sur notre photo).
Photo: Andreas Solaro Agence France-Presse «Citoyens 1 — Système 0», a «tweeté» mardi Luigi Di Maio (à gauche sur notre photo).

Les populistes italiens, au pouvoir depuis deux mois, ont fait adopter mardi, sous le feu des critiques, leur première loi majeure qui ambitionne de réformer le marché du travail et de frapper les entreprises abusant de la flexibilité.

Dans la foulée de la Chambre des députés la semaine dernière, le Sénat a avalisé mardi le « décret-loi dignité », par 155 voix pour, 125 voix contre et 1 abstention, donnant le feu vert définitif à un texte limitant le recours aux contrats à durée déterminée (CDD) et pénalisant licenciements et délocalisations.

Ce cheval de bataille de Luigi Di Maio, ministre du Travail et chef de file du Mouvement 5 Étoiles (M5S, antisystème), est sous le feu des critiques du patronat italien, ainsi que du Parti démocrate (PD, centre gauche).

« Citoyens 1 — Système 0 », a tweeté mardi Luigi Di Maio, triomphant. Et les sénateurs de sa formation ont qualifié de « révolution culturelle » ce coup porté au « fléau social qui s’appelle la précarité ».

« Le ministre du Travail est depuis aujourd’hui le ministre du Chômage », a commenté, pour sa part, l’ex-chef du gouvernement, Matteo Renzi, l’homme fort du PD, sur les réseaux sociaux. « Grâce aux géniales intuitions du ministre Di Maio, nous allons perdre 80 000 postes de travail », a-t-il dit, en reprenant un chiffre des services du gouvernement qui a fait polémique en juillet.

Selon le patronat, les nouvelles mesures vont décourager les investissements et limiter la croissance. Quant au tour de vis sur les CDD, il « risque d’avoir un impact négatif » sur le chômage.

L’Italie est aux prises avec un chômage endémique, avec un taux de 10,9 % en juin, qui monte à 32,6 % pour les 15-24 ans, très au-dessus de la moyenne de la zone euro (16,8 % en mai).

Concrètement, il ne sera plus possible de dépasser les deux ans en CDD, contre trois auparavant.

Seules les personnes faisant le ménage ou s’occupant de personnes âgées sont exclues du dispositif.

Au-delà de 12 mois, les employeurs devront justifier la prolongation, par exemple pour un pic non prévu d’activité, une mesure source de recours en justice, prédit le patronat.

En outre, les entreprises ne pourront pas totaliser plus de 30 % d’emplois temporaires.

Les indemnités pour licenciements abusifs sont également augmentées, tandis que les entreprises procédant à des embauches bénéficient d’une prime.

Toute entreprise ayant reçu une aide de l’État sera en outre tenue de la rembourser si elle délocalise son activité dans les cinq ans qui suivent. Si cette délocalisation a lieu en dehors de l’UE, l’entreprise devra rembourser de deux à quatre fois le montant de l’aide.

La loi comprend aussi une interdiction de la publicité des jeux de hasard, une disposition qui inquiète les milieux sportifs compte tenu du gros marché des paris sportifs.

Les sénateurs du PD se sont bruyamment opposés mardi à cette révision législative qui balaie le « Jobs Act », grande réforme du marché du travail de M. Renzi.

En vigueur depuis mars 2015, le « Jobs Act » avait introduit un contrat de travail à durée indéterminée à « protection croissante », qui permettait aux employeurs un licenciement plus facile pendant au moins trois ans, mais dont l’impact réel a fait débat.