Trois journalistes de médias indépendants arrêtés au Bélarus

Le Bélarus, dirigé d’une main de fer par le président Alexandre Loukachenko depuis 1994, maintient un contrôle constant sur les médias.
Photo: Viktor Drachev Archives Agence France-Presse Le Bélarus, dirigé d’une main de fer par le président Alexandre Loukachenko depuis 1994, maintient un contrôle constant sur les médias.

Trois journalistes ont été arrêtées mardi au Bélarus après des perquisitions dans les locaux de deux médias indépendants, accusés d’avoir utilisé sans abonnement les informations d’une agence de presse d’État, Reporters sans frontières dénonçant « des mesures d’intimidation ».

Deux journalistes du site d’information Tut.By et une journaliste de l’agence BelaPAN ont été incarcérées, a indiqué le Comité d’enquête bélarusse dans un communiqué.

Selon la même source, les deux médias sont soupçonnés de s’être connectés aux services de l’agence de presse BelTA, contrôlée par l’État bélarusse, sans payer cet accès.

« Nous ne sommes pas abonnés à BelTA, mais avec l’autorisation de cette agence, nous utilisons certaines informations de leur site en les référençant avec un lien hypertexte », a déclaré à l’AFP la rédactrice en chef de l’agence BelaPAN.

« Affirmer que nous en avons tiré profit, c’est tout simplement ridicule », a-t-elle affirmé.

Si BelaPAN et Tut.By sont reconnus coupables, les personnes arrêtées risquent jusqu’à deux ans de prison et une interdiction temporaire d’exercer leur profession, selon la loi bélarusse.

L’ONG Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé dans un communiqué les perquisitions comme des actions « totalement disproportionnées au regard des accusations ».

« Difficile d’y voir autre chose que des mesures d’intimidation à l’encontre de médias indépendants de référence, dans un contexte de pressions accrues contre les voix critiques », a déclaré Johann Bihr, responsable de l’Europe de l’Est pour RSF, cité dans le communiqué.

Le Conseil de l’Europe a pour sa part appelé à une « enquête rapide et transparente » et à la libération des journalistes arrêtés.

Le porte-parole de la diplomatie bélarusse, Anatoli Glaz, a de son côté assuré que l’affaire n’était « nullement politique et n’a rien à voir avec la liberté de la presse ».

La maison d’édition Belorousskaïa Naouka est également visée dans la même affaire, ont précisé les enquêteurs, qui disent avoir enregistré en 2017 et 2018 au total plus de 15 000 connexions non autorisées aux services de l’agence BelTA, avec pour résultat « un préjudice important ».

Les responsables de Belorusskaïa Naouka, BelaPan et Tut.by « sont impliqués dans cette activité illégale », a affirmé le comité d’enquête.

Le Bélarus, dirigé d’une main de fer par le président Alexandre Loukachenko depuis 1994, maintient un contrôle constant sur les médias, durci notamment après des manifestations en mars 2017 qui ont mené à des centaines d’arrestations.

Le Bélarus figure à la 155e place au classement mondial de la liberté de la presse 2018 établi par RSF, qui y dénonce une « escalade de la répression » depuis 2017.