Grèce: Tsipras assume «la responsabilité politique de la tragédie»

Près d’une semaine après le déclenchement des incendies les plus mortels de son histoire récente, avec un bilan de 82 morts, la Grèce panse encore ses plaies alors que les secours recherchent toujours les corps de ceux dont on reste sans nouvelles.
Photo: Angelos Tzortzinis Agence France-Presse Près d’une semaine après le déclenchement des incendies les plus mortels de son histoire récente, avec un bilan de 82 morts, la Grèce panse encore ses plaies alors que les secours recherchent toujours les corps de ceux dont on reste sans nouvelles.

Le premier ministre grec, Alexis Tsipras, a assumé vendredi « la responsabilité politique » de l’incendie qui a causé la mort lundi de 87 personnes à l’est d’Athènes, le plus meurtrier jamais vu dans le pays, mais n’a rien concédé sur l’organisation des secours la nuit du drame.

Devant la polémique qui a éclaté vendredi au lendemain de trois jours de deuil national, M. Tsipras, s’exprimant devant son conseil des ministres, a indiqué « assumer intégralement devant le peuple grec la responsabilité politique de cette tragédie ».

Comme plusieurs de ses ministres et son porte-parole dans les dernières 24 heures, il a montré du doigt « les irrégularités urbanistiques » chroniques, c’est-à-dire principalement les constructions illégales sur les côtes, comme c’était le cas à Mati, station balnéaire située à 40 km d’Athènes qui a été ravagée par les feux.

Outre un bouquet de mesures chiffré à 40 millions d’euros (60 millions $CAN) pour subvenir aux besoins des sinistrés, M. Tsipras s’est engagé à constituer rapidement « un plan national pour parer » à ces irrégularités, et a invité l’opposition à « participer à cet effort national ».

Occupé depuis son arrivée au pouvoir début 2015 à faire face à « la catastrophe humaine provoquée par les politiques d’austérité » en raison de la crise économique, le premier ministre de gauche radicale a concédé qu’il avait peut-être délaissé « le risque d’autres désastres émanant des irrégularités du passé ».

Les mea culpa sur l’urbanisme sont récurrents dans le pays après chaque catastrophe, sans provoquer de réels coups d’arrêt à l’indiscipline citoyenne et à la complaisance officielle dont elle bénéficie.

Mais M. Tsipras n’a pas fait d’autocritique sur la gestion opérationnelle des événements lundi soir, louant plutôt les efforts des pompiers et volontaires.

Colère

À Mati, de nombreux survivants étaient au contraire en colère, reprochant aux autorités un manque de prévention et de consignes efficaces pour évacuer la ville.

Quand l’incendie a éclaté, « ils auraient dû envoyer un hélicoptère avec un mégaphone pour nous dire d’aller à la mer, et tout le monde aurait dû y aller sans panique et à pied pour éviter un chaos de voitures », a ainsi estimé auprès de l’AFP Nikos Stavrinidis, qui a dû se laisser porter par le courant pendant cinq heures dans la mer avec d’autres personnes, dont deux se sont noyées.

Les victimes ont péri noyées, ou bien suffoquées ou brûlées par le feu, lors d’embouteillages créés par la panique dans les ruelles du village, ou en cherchant des passages vers la côte, souvent rocheuse ou inaccessible en raison de la présence de villas ou de complexes touristiques.

M. Tsipras a par ailleurs semblé faire sienne la thèse de l’incendie volontaire, à l’appui de laquelle son gouvernement a indiqué détenir « un élément sérieux » jeudi soir.

À Mati, les sauveteurs qui continuent de ratisser les décombres au milieu des pins calcinés n’excluaient pas de nouvelles découvertes macabres.

L’identification des victimes doit aussi durer encore quelques jours, « de 75 à 80 % des corps étant carbonisés », a indiqué Grigoris Léon, président de la société grecque de médecine légale.

À Mati, où 49 % des maisons ont été déclarées inhabitables, les rescapés continuaient vendredi de tenter de sauver ce qui pouvait encore l’être, soutenus par un vaste élan de solidarité, avec l’afflux de dons et de volontaires.