Affaire Benalla: Macron manoeuvre pour se sortir de la crise

L’ex-collaborateur du président Macron Alexandre Benalla apparaît à l’arrière-plan sur cette photo prise en juin l’an dernier, aux côtés d’Emmanuel Macron et du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb (à droite).
Photo: Benjamin Cremel Agence France-Presse L’ex-collaborateur du président Macron Alexandre Benalla apparaît à l’arrière-plan sur cette photo prise en juin l’an dernier, aux côtés d’Emmanuel Macron et du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb (à droite).

La présidence française, soumise à la première grande crise de l’ère Macron avec l’affaire Benalla, a tenté de reprendre la main en annonçant une réorganisation pour éviter de nouveaux « dysfonctionnements » et en promettant que le chef de l’État allait sortir de son silence.

La contre-offensive a été calée dimanche soir au cours d’une réunion à l’Élysée réunissant, autour d’Emmanuel Macron, le premier ministre, Édouard Philippe, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, et le secrétaire d’État aux Relations avec le Parlement, Christophe Castaner.

Le président est « calme et extrêmement déterminé à ce que la vérité puisse être établie », a assuré lundi M. Griveaux. « Quand l’ensemble des éléments seront établis, le président s’exprimera. […] Il décidera et le dira », disait son entourage dès dimanche soir, précisant que le chef de l’État élu en mai 2017 avait qualifié d’« inacceptables » les faits reprochés à son ex-collaborateur, filmé le 1er mai en train de frapper des manifestants.

Depuis les révélations du quotidien français Le Monde mercredi, les élus de l’opposition ne cessent de cibler avec force le mutisme d’Emmanuel Macron.

Reconnaître ses erreurs n’est pas infamant du point de vue de l’opinion publique, c’est même plutôt une attitude qui serait attendue

Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, sur la sellette lundi matin devant les députés, s’est défendu de toute faute personnelle, renvoyant la responsabilité d’éventuels manquements au préfet de police et au cabinet du président.

Comparaissant à son tour devant les députés lundi après-midi, le préfet de police a quant à lui expliqué avoir pensé que le « sujet Benalla » avait été « traité » par l’Élysée dès le lendemain de la manifestation du 1er mai. Michel Delpuech a raconté avoir contacté le ministère de l’Intérieur, qui lui a répondu être « déjà en liaison » avec la présidence.

« Sous Emmanuel Macron, tout se passe à l’Élysée », a réagi après les auditions Olivier Faure, le leader du Parti socialiste, premier groupe d’opposition. Pour le député des républicains Éric Ciotti, le chef de l’État doit avoir « le courage » de s’expliquer, car « c’est lui qui est au sommet de cette chaîne […] de dérapages, de dérive extrêmement grave ». « C’est donc au cabinet du président qu’il faut aller chercher les responsabilités », a également déclaré Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement national (anciennement le Front national).

Après Gérard Collomb et Michel Delpuech, la Commission d’enquête de l’Assemblée doit auditionner mardi le directeur de cabinet de l’Élysée, Patrick Strzoda, et son homologue de l’Intérieur, Stéphane Fratacci, augurant d’une plongée inédite dans les arcanes du pouvoir.

Lundi soir, Benjamin Griveaux a mis en doute la « déontologie » de cette commission d’enquête. « C’est un tribunal politique », a-t-il dénoncé.

Avec les auditions et les enquêtes en cours, « il est plus compliqué pour le président de prendre la parole », estime Bruno Jeanbart, le directeur de la firme française de sondages OpinionWay. Selon lui, il « aurait dû probablement parler tout de suite » en « reconnaissant une erreur sur la première sanction » infligée à Alexandre Benalla pour avoir frappé un manifestant le 1er mai. « Reconnaître ses erreurs n’est pas infamant du point de vue de l’opinion publique, c’est même plutôt une attitude qui serait attendue », juge-t-il.

Pendant la réunion de crise dimanche, Emmanuel Macron a demandé au secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, de procéder à « une réorganisation pour éviter qu’un tel dysfonctionnement ne se reproduise ».

En attendant, la vie institutionnelle est bouleversée par cette affaire, à tel point que l’examen parlementaire de la révision constitutionnelle, suspendu dimanche par la ministre de la Justice, reprendra à la rentrée seulement.