La présidence française critiquée après les premières audiences dans l’affaire Benalla

Le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, et le ministre français de l'Intérieur, Gérard Collomb, en avril dernier
Photo: Benoît Tessier Agence France-Presse Le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, et le ministre français de l'Intérieur, Gérard Collomb, en avril dernier

Le ministre de l’Intérieur français et le préfet de police de Paris ont désigné l’Élysée comme étant responsable de la mauvaise gestion de l’affaire Benalla, cet ancien proche collaborateur du président Emmanuel Macron qui est pointé du doigt pour avoir molesté des manifestants.

Lors des rassemblements du 1er mai à Paris, Alexandre Benalla, un proche collaborateur d’Emmanuel Macron chargé de sa sécurité, s’en est pris physiquement à des manifestants tandis qu’il était présent en tant qu’observateur dans le dispositif policier. L’Élysée l’a rapidement mis à pied pendant deux semaines, sans pour autant prévenir les autorités judiciaires de ces violences illégitimes.

« Je me suis assuré que le directeur de cabinet de la présidence, employeur de M. Benalla, avait été informé de la situation et que celle-ci était prise en compte », a déclaré sous serment le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, un des poids lourds du gouvernement, soumis lundi à un feu roulant de questions devant une commission d’enquête parlementaire.

Dans l’après-midi, le préfet de police Michel Delpuech, qui a autorité à Paris où se sont déroulés les faits reprochés à Alexandre Benalla, a déclaré devant la même commission que pour lui aussi, « le sujet Benalla était traité par l’autorité hiérarchique dont il dépendait », donc la présidence.

Ces deux hauts responsables renvoient ainsi la balle à l’entourage du président Macron, resté silencieux en pleine tempête politique et médiatique depuis les révélations du journal Le Monde la semaine dernière.

Procédure de licenciement

Depuis que l’affaire a éclaté, la présidence a annoncé une procédure de licenciement et la justice s’est emparée du dossier. Cinq personnes, dont M. Benalla, ont été inculpées.

Politiquement, Emmanuel Macron et son gouvernement sont englués dans la plus grave crise depuis leur accession au pouvoir en 2017, accusés par leurs détracteurs d’avoir voulu couvrir un proche, voire de mettre en place une forme de police parallèle aux vues des prérogatives étendues d’Alexandre Benalla, qui n’est pas policier.

« Fondamentalement, ces événements résultent de dérives individuelles inacceptables, condamnables, sur fond de copinages malsains », a dénoncé M. Delpuech, qui affirme avoir été informé de l’existence de la vidéo sur M. Benalla par un adjoint du directeur de cabinet de l’Élysée.

Le directeur de cabinet de l’Élysée, un des plus proches collaborateurs d’Emmanuel Macron, Patrick Strzoda, se retrouve désormais en première ligne et pourrait même être entendu par une commission d’enquête sénatoriale dans les jours qui viennent.

Ces nouveaux éléments accroissent encore la pression sur Emmanuel Macron, qui s’est pour l’instant contenté de faire savoir dimanche via son entourage qu’il considérait les faits reprochés à son ex-collaborateur Alexandre Benalla comme « inacceptables » et qu’il n’y aurait « pas d’impunité ».

Coïncidence ou lien de cause à effet, le président a annoncé qu’il n’assisterait pas à une étape du Tour de France mercredi dans les Pyrénées. Un changement de programme qui n’a « rien à voir » avec l’affaire Benalla, a affirmé son entourage.

L’opposition, quant à elle, ne mâche pas ses mots dans ses critiques contre le gouvernement.

« C’est maintenant au président de la République de s’expliquer », a tweeté après l'audience de M. Collomb une porte-parole du parti de droite Les Républicains, Laurence Sailliet.

« Le ministre de l’Intérieur refuse de porter le chapeau des mensonges de l’Élysée et renvoie la responsabilité de l’affaire Benalla sur le président », a tweeté l’ancien candidat souverainiste à la présidentielle Nicolas Dupont-Aignan.

L’ancien candidat socialiste à la présidentielle Benoît Hamon dénonce une « piteuse stratégie orchestrée directement à l’Élysée-même tout le week-end, pour concentrer toutes les responsabilités sur Alexandre Benalla et sur le directeur de cabinet du président de la République, dont chacun sait qu’il part opportunément à la retraite ».

Emmanuel Macron, qui est « impliqué dans cette affaire », « doit répondre, doit s’expliquer parce que ce feuilleton a assez duré », a estimé le député socialiste Olivier Faure.

En attendant, la vie institutionnelle française est bouleversée par cette affaire, à tel point que l’examen parlementaire de la révision constitutionnelle, suspendu dimanche par la ministre de la Justice vu la paralysie due à l’affaire Benalla, reprendra à la rentrée.