Violences du 1er mai en France: le ministre de l’Intérieur auditionné

Alexandre Benalla a été accusé dimanche pour «violences» lors des manifestations du 1er mai.
Photo: Thomas Samson Agence France-Presse Alexandre Benalla a été accusé dimanche pour «violences» lors des manifestations du 1er mai.

Le ministre français de l’Intérieur Gérard Collomb est auditionné lundi matin à l’Assemblée sur l’affaire Benalla, un rendez-vous qui s’annonce électrique même si le président Emmanuel Macron a assuré qu’il n’y aurait pas d’«impunité», après la mise en examen de son ex-conseiller pour «violences».
 

Les vidéos montrant Alexandre Benalla, un proche collaborateur du chef de l’État, en train de frapper et malmener des manifestants le 1er mai à Paris alors qu’il accompagnait les forces de l’ordre en tant qu’«observateur», ont plongé depuis la semaine dernière l’exécutif dans sa plus grave crise.
 

Le conseiller de 26 ans — dont le licenciement a été annoncé vendredi —, l’employé de LREM (la formation du chef de l’État) Vincent Crase, avec lui en cette Fête du travail, et trois hauts gradés de la police soupçonnés d’avoir transmis à M. Benalla des images de vidéosurveillance de l’incident ont été mis en examen dimanche soir.
 

Le préfet de police Michel Delpuech doit être auditionné à l’Assemblée lundi.
 

Alors que le silence d’Emmanuel Macron sur cette affaire était de plus en plus vivement dénoncé, son entourage a fait savoir dans la soirée que le chef de l’État juge «inacceptables» les faits reprochés à M. Benalla et promet qu’il n’y aura «pas d’impunité».
 

Le président, qui prendra la parole publiquement «quand il le jugera utile», a demandé au secrétaire général de l’Élysée de «mener la réorganisation pour éviter qu’un tel dysfonctionnement se reproduise», à l’issue d’une réunion de crise à l’Élysée rassemblant plusieurs membres du gouvernement, dont Gérard Collomb.
 

Entendu par la commission des Lois de l’Assemblée qui s’est transformée en commission d’enquête, le ministre de l’Intérieur, appelé à la démission par des personnalités de droite et de gauche, devra répondre à une série de questions sensibles.
 

Pourquoi le numéro 2 du gouvernement, qui était au courant des faits dès le 2 mai, n’a-t-il pas réagi plus tôt, en saisissant la «police des polices» ou la justice? L’opposition accuse le pouvoir d’avoir voulu étouffer l’affaire.
 

La sécurité du président relève du Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR), dépendante de la Police nationale. Quel était donc le rôle d’Alexandre Benalla par rapport au GSPR?
 

Et quel était aussi son rôle jusqu’à ces derniers jours? Le porte-parole de l’Élysée Bruno Roger-Petit avait affirmé jeudi qu’il avait été, après le 1er mai, mis à pied pour 15 jours et «démis de ses fonctions en matière d’organisation de la sécurité des déplacements du président». Il apparaît pourtant sur plusieurs clichés récents aux côtés de M. Macron ou du couple présidentiel.
 

Lors de l’audition de Gérard Collomb, «beaucoup de questions devront être posées, beaucoup de réponses devront être trouvées», a prévenu le co-rapporteur, Guillaume Larrivé (de l'opposition de droite).
 

Le ministre sera aussi mardi devant la commission d’enquête sénatoriale, qui pourrait également entendre mercredi le directeur de cabinet du président de la République Patrick Strzoda, selon des sources parlementaires.

 

Mis en examen

Parallèlement à l’enquête administrative et à l’enquête parlementaire, les enquêtes de la justice ont connu des avancées ce week-end.
 

Alexandre Benalla a été mis en examen dimanche notamment pour «violences en réunion», «immixtion dans l’exercice d’une fonction publique», «port public et sans droit d’insignes réglementés», et «recel de détournement d’images issues d’un système de vidéo-protection».
 

Vincent Crase a également été mis en examen pour «violences en réunion», «immixtion dans l’exercice d’une fonction publique», et aussi pour «port prohibé d’une arme de catégorie B».
 

Le contrôle judiciaire qui leur a été imposé leur interdit d’exercer une fonction publique ou une mission de service public, de détenir une arme et d’entrer en contact avec d’autres protagonistes de l’affaire.
 

Déjà suspendus, les trois policiers de la préfecture de police de Paris mis en cause ont également été mis en examen, pour «détournement d’images issues d’un système de vidéo-protection» et «violation du secret professionnel».
 

L’affaire a enfin bouleversé l’agenda politique et paralysé l’Assemblée: l’examen de la révision constitutionnelle a dû être suspendu jusqu’à nouvel ordre face au chaos provoqué dans l’hémicycle par ce scandale.
 

Des voix s’élèvent pour réclamer désormais un retrait pur et simple de la réforme, alors que «les contre-pouvoirs sont plus que jamais nécessaires», selon Daniel Fasquelle (LR).