La campagne pro-Brexit sanctionnée pour avoir enfreint le code électoral

Le référendum du 23 juin 2016 s’est joué à moins de 2% des votes, les Britanniques ayant voté à 52% pour sortir de l’UE.
Photo: Ben Stansall Agence France-Presse Le référendum du 23 juin 2016 s’est joué à moins de 2% des votes, les Britanniques ayant voté à 52% pour sortir de l’UE.

La campagne officielle pour le vote favorable au Brexit, Vote Leave, a reçu une amende pour avoir enfreint le code électoral, a annoncé mardi la Commission électorale britannique, suscitant des interrogations d’europhiles quant à la « validité » du référendum de 2016.

La Commission a « mené une enquête approfondie » sur les campagnes menées par Vote Leave, soutenue par des figures du Parti conservateur comme l’ex-ministre des Affaires étrangères Boris Johnson et le ministre de l’Environnement Michael Gove, et par BeLeave, un plus petit groupe militant également pour le Brexit lors du référendum sur le maintien dans l’UE en juin 2016.

« Nous avons trouvé des preuves substantielles que les deux groupes travaillaient à un plan commun, ne déclaraient pas leur travail commun et ne respectaient pas les limites de dépenses [de campagne] légales », a indiqué la Commission.

Elle rend ses conclusions quelques mois après les accusations du lanceur d’alerte Christopher Wylie, selon lesquelles la société Cambridge Analytica, accusée d’avoir utilisé à des fins politiques et à leur insu les données de millions d’utilisateurs de Facebook, avait joué un « rôle crucial » dans le vote pour le Brexit.

Christopher Wylie avait affirmé qu’Aggregate IQ (AIQ), une entreprise canadienne liée à Cambridge Analytica, avait travaillé avec cette dernière afin d’aider la campagne pour la sortie de l’UE « Leave EU » à contourner son plafond de dépenses. Dans un entretien à plusieurs journaux européens, M. Wylie avait déclaré que, « sans Aggregate IQ, le camp du “Leave” n’aurait pas pu gagner le référendum du 23 juin 2016, qui s’est joué à moins de 2 % des votes ». Les Britanniques ont voté à 52 % pour sortir de l’UE.

Sur son site Internet, Aggregate IQ dément avoir fait partie de Cambridge Analytica ou de sa société mère SCL, avoir employé Christopher Wylie et avoir eu accès à des données Facebook obtenues de manière irrégulière.

Référendum invalidé ?

Pour les partisans du maintien dans l’UE, les conclusions de la Commission ont jeté le doute sur la valeur du résultat issu du référendum et renforcé la nécessité d’en organiser un second.

« Le résultat serré du référendum a l’air plus suspect que jamais », a écrit sur Twitter le député travailliste et pro-européen David Lammy. « La question de sa validité se pose désormais. »

À la Chambre des communes, le député travailliste Chuka Umunna, pro-UE, a interrogé le gouvernement sur l’impact de ces irrégularités sur le résultat du référendum.

Selon Downing Street, le référendum était un « exercice démocratique légitime, lors duquel le public a donné son avis ».

Le groupe BeLeave, fondé par l’étudiant en mode Darren Grimes, a dépensé plus de 675 000 livres (1 million $CAN) dans Aggregate IQ, spécialisée dans la publicité politique en ligne, « dans le cadre d’un plan commun avec Vote Leave », selon la Commission.

« Ces dépenses auraient dû être déclarées par Vote Leave », affirme-t-elle, calculant que le groupe a dépassé le plafond de dépenses de presque 500 000 livres (770 000 $CAN).

Vote Leave devra payer 61 000 livres (94 000 $) pour plusieurs infractions au code électoral, et le fondateur du groupe BeLeave, Darren Grimes, 20 000 livres, soit le maximum pour un particulier.