Meurtre d’Anna Politkovskaïa, condamnation des Pussy Riot : la CEDH épingle Moscou

La journaliste Anna Politkovskaïa avait été assassinée en 2006.
Photo: Evgeny Feldman Agence France-Presse La journaliste Anna Politkovskaïa avait été assassinée en 2006.

La Cour européenne des droits de l’homme a doublement condamné mardi la Russie, qui n’a fait « aucun effort » pour identifier les commanditaires du meurtre de la journaliste Anna Politkovskaïa et pour de « multiples violations » à l’encontre des Pussy Riot.

Hasard du calendrier, la famille de la journaliste assassinée en 2006 et trois membres du groupe punk féministe condamnées en 2012 ont décroché le même jour une victoire judiciaire hautement symbolique devant la CEDH en obtenant la condamnation de Moscou.

Dans un premier arrêt, la CEDH, saisie par la famille d’Anna Politkovskaïa, a condamné la Russie pour n’avoir pas « mis en oeuvre les mesures d’enquête appropriées pour identifier le ou les commanditaires du meurtre » de la journaliste russe.

Dans un communiqué, la juridiction européenne souligne que « l’État [russe] a manqué aux obligations relatives à l’effectivité et à la durée de l’enquête qui lui incombaient en vertu de la Convention » européenne des droits de l’homme de 1950.

Par cinq voix contre deux, celles des juges russe et slovaque, la Cour a condamné Moscou pour violation du « droit à la vie ».

« L’enquête a abouti à des résultats tangibles puisque cinq hommes ont été reconnus directement coupables du meurtre », mais « dans un homicide de ce type, on ne peut pas considérer que l’enquête a été appropriée si aucun effort n’a été fait pour identifier le commanditaire du meurtre », souligne la Cour.

Journaliste d’investigation connue, Anna Politkovskaïa avait notamment enquêté sur des allégations de violations des droits de la personne en Tchétchénie. Elle avait aussi plusieurs fois critiqué la politique du président Vladimir Poutine.

Plus de dix ans après cet assassinat qui avait ému le monde entier, les commanditaires n’ont toujours pas été identifiés par la justice russe.

En juin 2017, Lom-Ali Gaïtoukaïev, reconnu coupable d’avoir organisé en octobre 2006 l’assassinat de la journaliste, était décédé en prison, où il purgeait une peine de détention à perpétuité.

Pussy Riot

Traitements dégradants, violation de la liberté d’expression : dans un deuxième arrêt, « Maria Alekhina et autres contre Russie », la Cour a aussi épinglé Moscou pour de « multiples violations » commises à l’encontre de trois membres du groupe punk Pussy Riot en 2012.

Maria Alekhina, Nadejda Tolokonnikova, Iékaterina Samoutsevitch avaient été condamnées pour avoir tenté d’interpréter des chansons anti-Poutine dans la cathédrale de Moscou en février 2012.

Elles avaient été condamnées en août 2012 à deux ans de camp, notamment pour « hooliganisme motivé par la haine religieuse ».

Leurs condamnations à des peines de prison avaient entraîné une vague de solidarité de nombreux artistes et musiciens de par le monde.

« Pour la simple raison que celles-ci avaient porté des vêtements de couleurs vives, fait des mouvements de bras, lancé leurs jambes en l’air et utilisé un langage ordurier, les juridictions internes ont prononcé une sanction d’une sévérité exceptionnelle », souligne la Cour.

La Cour a condamné la Russie à verser jusqu’à 16 000 euros de dommage moral à chacune des Pussy Riot.

Les Pussy Riot ont refait parler d’elles dimanche, quand quatre autres de leurs membres, vêtues d’uniformes de police, se sont brièvement introduites sur le terrain à Moscou au cours de la finale du Mondial de football, France-Croatie. Lundi, ces quatre personnes ont été condamnées à 15 jours de prison.

Commémoration du centenaire de l’assassinat de Nicolas II

Ekaterinbourg — Une procession a réuni près de 100 000 personnes dans la nuit de mardi à mercredi à Ekaterinbourg (Oural) pour commémorer le centenaire de l’assassinat par les bolcheviques du dernier tsar Nicolas II et des membres de sa famille. Leur assassinat mettait fin à 300 ans de dynastie Romanov à la tête de l’Empire russe. L’État russe s’est toutefois gardé de commémorer ce centenaire, a remarqué dans les pages du quotidien Vedomosti Ksenia Loutchenko, spécialiste de l’Église orthodoxe russe. L’assassinat de Nicolas II et de sa famille « ne peut pas être utilisé dans le cadre de l’éducation patriotique, puisqu’ils ont été fusillés par des membres de la Tchéka », ancêtre du KGB, dont le président russe Vladimir Poutine a été un officier.