L’Allemagne autorise l’extradition de Carles Puigdemont

L’ex-président de la Catalogne destitué par Madrid reste libre dans l’intervalle.
Photo: Markus Schreiber Associated Press L’ex-président de la Catalogne destitué par Madrid reste libre dans l’intervalle.

L’indépendantiste catalan Carles Puigdemont, retenu en Allemagne, peut être extradé en Espagne, mais ne pourra y être jugé pour « rébellion » comme le voulait Madrid, a tranché jeudi la justice allemande.

Cette décision aux allures de jugement de Salomon d’un tribunal du Schleswig-Holstein (nord) a en effet jugé « recevable » la seule accusation de détournement de fonds publics. Le parquet allemand a précisé qu’il allait dès lors décider « sous peu » de sa remise aux autorités espagnoles sur la base de ce seul motif.

L’ex-président de la Catalogne destitué par Madrid reste libre dans l’intervalle. Il se trouve en Allemagne depuis son interpellation en mars dans le Schleswig-Holstein alors qu’il revenait d’un déplacement en Finlande, en voiture, en route pour la Belgique où il s’était installé pour échapper à la justice de son pays.

Un coup

« Nous nous battrons jusqu’au bout et gagnerons ! » a réagi l’intéressé sur Twitter. L’un de ses avocats, Jaume Alonso-Cuevillas, a indiqué qu’un recours devant la Cour constitutionnelle allemande était en préparation.

« Nous ne commentons pas les décisions de justice, nous les respectons », a pour sa part réagi depuis Bruxelles le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez.

La décision du tribunal porte donc un coup aux chefs d’accusation espagnols, car elle empêche un procès pour rébellion, un crime passible de 25 ans de prison : « La cour part du principe que le tribunal espagnol respectera [la décision allemande] et qu’il ne poursuivra pas l’accusé Puigdemont pour rébellion en plus de l’accusation de corruption. »

Pour les juges, cette accusation n’est pas recevable en droit allemand, car il « n’était pas le chef spirituel de violences », et que lesdites « violences [qui ont eu lieu en Catalogne à l’époque du référendum] n’étaient pas d’une ampleur suffisante » pour justifier de telles poursuites. Dès le début de cette affaire, ce chef d’inculpation apparaissait comme le point faible du dossier monté par Madrid pour obtenir la remise du dirigeant catalan. Même en Espagne, l’accusation de rébellion est sujette à débat.

Mais la décision allemande n’est pas pour autant une victoire pour l’indépendantiste, qui s’estime victime de poursuites politiques et réclamait dès lors qu’une fin de non-recevoir soit opposée aux autorités espagnoles.

« Il est aberrant de porter une telle accusation contre l’État espagnol, membre de la communauté de valeur et de l’espace juridique de l’Union européenne », a asséné le tribunal, laminant les arguments du Catalan.