Macron se défend d’être au service des riches

Le président de l’Hexagone, Emmanuel Macron, a livré un discours lundi devant les parlementaires réunis en congrès au château de Versailles près de Paris.
Photo: Thibault Camus Agence France-Presse Le président de l’Hexagone, Emmanuel Macron, a livré un discours lundi devant les parlementaires réunis en congrès au château de Versailles près de Paris.

Malmené dans les sondages, le président français, Emmanuel Macron, s’est défendu lundi devant les parlementaires réunis à Versailles de mener une politique « pour les riches », tentant de faire taire les critiques grandissantes en promettant un « État providence du XXIe siècle ».

Son discours, qui a duré plus d’une heure, a tracé les grandes lignes de ses projets de réforme pour les mois à venir. Ce rendez-vous annuel, inspiré des « discours sur l’état de l’Union » des présidents américains, a une fois de plus été boycotté par certains députés de gauche et de droite.

Depuis son élection au printemps 2017, le jeune président a multiplié les réformes : assouplissement du marché du travail, allégements fiscaux pour les entreprises et les contribuables les plus riches, réformes du logement et de la compagnie ferroviaire nationale, la SNCF, malgré la ferme opposition des syndicats de cheminots.

Cette série de mesures lui a valu une étiquette de « président des riches » chez ses opposants, qui lui ont reproché sa saillie sur les aides sociales coûtant « un pognon de dingue » sans pour autant « permettre aux gens de s’en sortir », au moment même où le couple présidentiel passait commande d’un nouveau service de table d’une valeur de 500 000 euros (un peu plus de 770 000 dollars canadiens).

Seul un tiers des Français estime désormais sa politique « juste » (29 %) ou « efficace » (34 %), selon un sondage Odoxa paru jeudi. « Depuis un an, les Français sont passés de l’espoir au doute, car le président n’est pas au rendez-vous de ses promesses », a commenté Bruno Retailleau, le patron des sénateurs de droite, après le discours.

Des critiques sont apparues jusque dans le camp Macron, où certains ont appelé ouvertement à un rééquilibrage dans un sens plus social.

Intervention de l’État

M. Macron a assuré lundi dans son discours qu’il n’aimait « ni les castes, ni les rentes, ni les privilèges », et a affirmé vouloir défendre par sa politique « les entreprises » et « non pas les riches ».

Le président a justifié les réformes fiscales mises en place depuis un an par la nécessité de renforcer la compétitivité de la France. Ces réformes, notamment la suppression de l’impôt sur la fortune (ISF), ont fait l’objet de nombreuses critiques depuis un an, notamment de la part de la gauche française, qui les considère comme trop favorables aux contribuables aisés.

Je veux une stratégie de lutte contre la pauvreté qui ne permette pas à nos concitoyens pauvres de vivre mieux, mais bien de sortir de la pauvreté une bonne fois pour toutes

Peu centré sur sa politique étrangère, une large partie de son discours a été consacré à évoquer les thématiques sociales. « La solidarité nationale se traduit dans l’aide que nous devons de manière inconditionnelle aux plus fragiles », a déclaré M. Macron, insistant à plusieurs reprises dans son discours sur la notion de « justice ».

« Je veux une stratégie de lutte contre la pauvreté qui ne permette pas à nos concitoyens pauvres de vivre mieux, mais bien de sortir de la pauvreté une bonne fois pour toutes », a-t-il ajouté.

La « priorité de l’année qui vient » sera de « construire l’État providence du XXIe siècle », a-t-il ajouté, souhaitant un système « émancipateur, universel, efficace » et « responsabilisant », estimant notamment que « des pans entiers de notre population sont trop peu ou trop couverts » par le système de sécurité sociale.

Le président a ensuite estimé que l’éducation était le « combat de notre siècle », qui « libère du déterminisme social ».

Le plan pauvreté, reporté à la rentrée par le gouvernement — ce qui a suscité déception et critiques des associations —, sera présenté « en septembre » et mis en oeuvre « en 2019 », a confirmé le chef de l’État, en promettant « un accompagnement réel vers l’activité » pour les personnes « les plus fragiles ».

Le président a également évoqué les élections européennes de 2019, estimant que l’affrontement entre les « progressistes » et les « nationalistes » serait « au coeur » de ce scrutin.