Les migrants secourus par l’«Aquarius» arrivent en Espagne

Après une semaine en mer, les personnes secourues par l’ONG SOS Méditerranée ont débarqué au port de Valence.
Photo: Alberto Saiz Associated Press Après une semaine en mer, les personnes secourues par l’ONG SOS Méditerranée ont débarqué au port de Valence.

Les 630 migrants secourus par l’Aquarius sont arrivés dimanche en Espagne, épilogue d’une semaine d’errance en Méditerranée qui a exacerbé les tensions en Europe sur la politique migratoire.

À bord de trois bateaux, l’Aquarius et deux navires italiens, ces migrants ont accosté progressivement dans le port de Valence (est) de l’aube à la mi-journée.

En rentrant dans le port, le navire de secours, affrété par SOS Méditerranée et Médecins sans frontières (MSF), a été accueilli par des applaudissements nourris tandis que des migrants dansaient et chantaient.

Pour ces ressortissants en grande majorité africains — venus en particulier du Soudan, d’Algérie, d’Érythrée et du Nigéria —, l’arrivée à Valence sous un soleil franc a signé la fin d’une odyssée de 1500 kilomètres vers l’Espagne, parfois par mauvais temps, après le refus de l’Italie et de Malte de les accueillir.

Un voyage éprouvant durant lequel ces 450 hommes, 80 femmes, 89 adolescents et 11 enfants de moins de 13 ans, secourus dans la nuit du 9 au 10 juin au large de la Libye, auront été le catalyseur des profondes fractures au sein de l’UE sur la question migratoire qui sera au centre du prochain conseil européen des 28 et 29 juin.

Un symptôme

Pour SOS Méditerranée, l’Aquarius est devenu un « symbole ». « La situation ne peut pas se répéter, l’inaction de l’Europe est criminelle », a accusé sa directrice générale, Sophie Beau. « Cela montre à quel point l’Europe a perdu sa compassion morale dans la Méditerranée. Ces hommes, ces femmes, ces enfants ont fui la pauvreté et la guerre », a souligné pour sa part Karline Kleijer, coordinatrice d’urgence pour MSF.

Examinés à bord par des équipes médicales, les migrants ont tous ensuite progressivement débarqué et reçu, selon MSF, trois formulaires au choix à remplir, un pour demander un permis de séjour provisoire de 45 jours, un pour demander l’asile en Espagne et un autre pour le demander en France.

La France a offert d’en accueillir certains, mais dimanche le porte-parole du gouvernement français, Benjamin Griveaux, a estimé qu’il était « impossible » d’en déterminer le nombre.

Un total de 144 migrants, dont des femmes enceintes, nécessitant des soins notamment pour des brûlures ont été acheminés vers des hôpitaux mais seulement six devraient y rester, selon les autorités régionales. Les autres sont partis vers des centres d’hébergement provisoires.

« Ils sont assez heureux d’être arrivés à bon port, enthousiastes et remplis d’espoir même s’ils semblent fatigués. Mais le premier [sentiment] l’emporte sur le deuxième », a dit à l’AFP Carmen Moreno, médecin faisant partie des plus de 1000 bénévoles mobilisés pour les accueillir.

C’est un jour historique […] Il y aura un avant et un après.

Solidarité

Sur le port de Valence, une banderole indiquait « Bienvenue chez vous », dans différentes langues, alors que l’arrivée de l’Aquarius a déclenché un élan de solidarité.

« C’est un jour historique […] Il y aura un avant et un après », a déclaré « Padre Angel », prêtre rebelle très connu en Espagne pour son travail auprès des plus démunis.

Au total, le dispositif mis en place pour cet accueil exceptionnel a mobilisé 2320 personnes, dont 470 traducteurs.

L’événement a été en outre ultramédiatisé, avec plus de 600 journalistes accrédités. Sur le port, la presse a été maintenue à 200 mètres des migrants, conformément à la volonté des autorités de respecter leur intimité.

Tout juste arrivé au pouvoir, le chef du gouvernement socialiste, Pedro Sanchez, avait offert lundi d’accueillir ces migrants à qui l’Italie et Malte refusaient d’ouvrir leurs ports. Un geste « humanitaire » mais aussi « politique » pour Madrid, destiné à impulser une réponse européenne commune face à la crise migratoire.

Le refus de l’Italie et de son ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini (Ligue, extrême droite), d’accueillir l’Aquarius a plongé l’Europe dans une nouvelle crise sur la question migratoire et déclenché une passe d’armes diplomatiques entre la France et l’Italie.

Alors que les migrants de l’Aquarius sont à bon port, près de 1300 autres migrants ont été secourus depuis vendredi près des côtes du sud de l’Espagne, troisième porte d’entrée par la mer dans l’UE, et quatre sont morts.

Des manifestations pro-migrants convergent à Paris

Paris — Quelques milliers de personnes ont défilé dimanche à Paris lors de l’arrivée dans la capitale d’une « marche solidaire et citoyenne » partie de Vintimille (Italie) pour soutenir les migrants et pour protester contre le blocage des frontières et le délit de solidarité, a rapporté une journaliste de l’AFP. Munis de pancartes « Ici nous sommes tous d’ailleurs » et « Aquarius = déchéance morale de la France », les manifestants sont partis de la place de la Bastille pour rejoindre la place de la République. Certains portaient des drapeaux du Nouveau parti anticapitaliste, du mouvement Attac et de l’organisation antiraciste Mrap. Ils étaient 4000 selon les organisateurs, 600 selon la préfecture de police, à se joindre à une dizaine de marcheurs partis fin avril de la frontière franco-italienne pour rallier Calais (nord-ouest) début juillet, puis Londres en transports. Le but de cette marche de 1400 km est de « protester contre le blocage des frontières, contre le délit de solidarité et plaider pour un accueil véritable des migrants », selon les organisateurs.