Merkel menacée par un conflit gouvernemental sur les migrants

La CSU veut contraindre Angela Merkel, très critiquée depuis sa décision en 2015 d’ouvrir les portes du pays à plus d’un million de réfugiés, à durcir sa politique migratoire.
Photo: dpa / Michael Kappeler / Germany OUT / Agence France-Presse La CSU veut contraindre Angela Merkel, très critiquée depuis sa décision en 2015 d’ouvrir les portes du pays à plus d’un million de réfugiés, à durcir sa politique migratoire.

La chancelière allemande, Angela Merkel, joue son avenir politique à la suite d’une fronde sans précédent jeudi sur la politique migratoire de l’aile la plus à droite de sa coalition gouvernementale, qui réclame plus de fermeté aux frontières.

Fait rare, la Chambre basse du Parlement, le Bundestag, a suspendu sa séance à la mi-journée pour permettre des réunions de crise des députés conservateurs, composés d’une part des démocrates-chrétiens (CDU) de la chancelière au pouvoir depuis plus de 12 ans et de ceux du parti bavarois CSU, nettement plus à droite, du ministre de l’Intérieur Horst Seehofer.

La CSU veut contraindre Angela Merkel, très critiquée depuis sa décision en 2015 d’ouvrir les portes du pays à plus d’un million de réfugiés, à durcir sa politique migratoire, dans un contexte européen très tendu sur le sujet.

En cause : la décision dimanche de la chancelière de bloquer un projet en ce sens de son ministre de l’Intérieur.

M. Seehofer veut renvoyer les demandeurs d’asile arrivant en Allemagne s’ils ont été enregistrés par un autre pays dans la base de données de l’UE. Mme Merkel refuse et plaide pour une solution européenne globale.

« À titre personnel, je pense que l’immigration illégale est l’un des plus grands défis de l’Union européenne et c’est pourquoi je pense que nous ne devons pas agir de façon unilatérale, sans concertation, ni agir au détriment de pays tiers », a expliqué en début de soirée la chancelière lors d’une conférence de presse.

Elle demande à son camp du temps pour négocier des solutions à la fois européennes et bilatérales, avec les principaux pays d’accueil comme l’Italie et la Grèce, lors du prochain sommet de l’UE fin juin.

Si la direction de son parti lui a donné son blanc-seing jeudi, la CSU bavaroise lui a opposé une fin de non-recevoir et veut agir sans délai.

Le patron des députés CSU, Alexander Dobrindt, a jugé impossible que Mme Merkel arrache un accord européen « en quelques jours ». Ce mouvement menace de passer son projet en force par simple décret ministériel, une mutinerie qui signerait la fin de la coalition gouvernementale difficilement mise sur pied en mars, et comptant également les sociaux-démocrates.

On n’est pas encore là. Mais la direction de la CSU a fixé une forme d’ultimatum en disant vouloir étudier la question lundi à Munich.

L’ombre de l’AfD

Ce bras de fer survient dans un contexte préélectoral chargé. Le parti bavarois se prépare à un scrutin régional en octobre et s’inquiète d’une percée de l’extrême droite (AfD), qui a obtenu un score historique aux législatives de septembre en misant sur les inquiétudes liées à l’immigration.

La CSU agite aussi la menace d’une rupture de l’alliance au Bundestag scellée depuis 1949 avec les chrétiens-démocrates d’Angela Merkel. Les deux partis siègent au sein d’un groupe parlementaire commun.

La crise est telle que certains médias évoquent un vote de confiance au Bundestag trois mois à peine après l’entrée en fonction du quatrième gouvernement Merkel, fruit de six mois de pourparlers aux forceps.

« Si un compromis ne peut être trouvé, alors Angela Merkel doit poser la question de confiance » au Parlement, ou ouvrir la voie « à de nouvelles élections », écrit le tabloïd Bild, journal le plus lu d’Allemagne.

Un exercice périlleux : même soutenue par les sociaux-démocrates, Mme Merkel n’aurait alors plus de majorité sans la CSU.

M. Seehofer a aussi isolé mercredi Mme Merkel en affichant sa complicité avec le très conservateur chancelier autrichien Sebastian Kurz, qui annonçait la création d’un « axe » à trois avec le ministre italien de l’Intérieur Matteo Salvini (extrême droite) pour combattre l’immigration clandestine.