Autriche: les représentants musulmans dénoncent un «calcul politique»

Un membre de la communauté d’une des mosquées fermées, à Vienne. Des représentants de ces lieux de prière sont accusés d’avoir tenu des propos prêchant un islam radical.
Photo: Alex Halada Agence France-Presse Un membre de la communauté d’une des mosquées fermées, à Vienne. Des représentants de ces lieux de prière sont accusés d’avoir tenu des propos prêchant un islam radical.

La principale fédération musulmane d’Autriche IGGÖ s’est dite « indignée » dimanche dans sa première réaction à l’annonce par le gouvernement de la fermeture de sept mosquées et d’une menace d’expulsion de dizaines d’imams au nom de la lutte contre « l’islam politique. »

L’IGGÖ reproche à la coalition droite/extrême droite menée par le chancelier Sebastian Kurz de « vouloir discréditer la communauté religieuse par calcul politique », a indiqué son président, Ibrahim Olgun, dans un communiqué.

M. Olgun juge que ces annonces ne sont pas « appropriées pour contrôler l’islam politique, mais conduiront au bout du compte à un affaiblissement des structures de la communauté musulmane en Autriche ».

Il estime que le gouvernement n’a pas fourni de « justification objective » à l’ordre de fermeture prononcé contre sept lieux de culte, dont quatre à Vienne.

Sur la forme, M. Olgun reproche au gouvernement de ne pas avoir informé la fédération de ces mesures et d’avoir convoqué une conférence de presse au dernier moment, le dernier vendredi du mois du ramadan, alors que les responsables autrichiens se targuent de vouloir collaborer avec l’IGGÖ.

« Les solutions doivent être élaborées ensemble autour d’une table, plutôt qu’unilatéralement sur le dos de la minorité musulmane », a réclamé l’IGGÖ. La fédération mènera son propre audit des lieux de culte et des personnes mises et causes et demandera un rendez-vous au ministère des Cultes.

Le gouvernement autrichien a annoncé vendredi avoir ordonné la fermeture de sept lieux de culte musulmans, qui contreviennent selon lui à la loi sur l’islam de 2015, laquelle impose « une attitude positive envers l’État et la société » de la part des responsables de mosquées. Des représentants de ces lieux de prière sont accusés d’avoir tenu des propos prêchant un islam radical.

Les autorités autrichiennes veulent remettre en question les autorisations de séjour des imams rattachés à l’Union islamique turque d’Autriche (Atib), la plus puissante association religieuse turque dans le pays, liée à la direction des affaires religieuses en Turquie (Diyanet).

Le retrait d’autorisation de séjour pourrait concerner jusqu’à soixante imams de l’Atib, auquel le gouvernement reproche d’être financés par la Turquie en contradiction avec une loi autrichienne qui interdit le financement étranger dans ce domaine. Deux de ces imams se sont pour l’instant vu refuser un renouvellement de permis de séjour.

Dès vendredi, l’Atib avait réagi en contestant tout comportement radical dans ses mosquées en Autriche et exprimé son incompréhension. L’association reconnaît la contribution financière de la Turquie, mais observe que cet état de fait était connu depuis plusieurs années et lié à l’absence de formation adéquate des imams en Autriche.