France: le bras droit de Macron visé par une enquête pour conflit d’intérêts

Le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, a déclaré qu’il a «toujours informé sa hiérarchie des situations dans lesquelles il aurait pu se trouver en conflit d’intérêts».
Photo: Thomas Samson Agence France-Presse Le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, a déclaré qu’il a «toujours informé sa hiérarchie des situations dans lesquelles il aurait pu se trouver en conflit d’intérêts».

Paris — Le bras droit du président Macron à l’Élysée, Alexis Kohler, est visé par une enquête de la justice française portant sur des soupçons de conflit d’intérêts entre ses postes dans la fonction publique et ses liens avec l’armateur italo-suisse MSC.

Si l’Élysée évoque des « soupçons totalement infondés », cette enquête sur un très proche du président vient à l’encontre de l’image d’Emmanuel Macron, dont l’un des grands chantiers du début de son mandat avait été la promulgation en septembre 2017, devant les caméras, de deux lois de moralisation de la vie politique, après une série de scandales.

Les investigations sont menées afin de « vérifier si les règles relatives à la mise en disponibilité des agents publics ont bien été respectées » dans ce dossier, a précisé lundi le Parquet national financier dans un communiqué, sans dire depuis combien de temps l’enquête est ouverte.

L’association anticorruption « Anticor » avait auparavant annoncé avoir porté plainte vendredi contre M. Kohler, 45 ans, pour « prise illégale d’intérêt », « trafic d’influence » et « corruption passive ».

M. Kohler est le secrétaire général de l’Élysée. Il est le bras droit du président depuis son arrivée au pouvoir.

« Cette plainte s’appuie sur des articles de presse de Mediapart qui contiennent de nombreuses et graves erreurs factuelles », a réagi la présidence.

Anticor dénonce les liens familiaux et professionnels étroits qui existent entre le numéro 2 de l’Élysée et l’armateur italo-suisse MSC, client important de STX France, les chantiers navals français de Saint-Nazaire.

Grand pourvoyeur de commandes pour ces chantiers dont il était certaines années l’unique client, l’armateur a joué un rôle essentiel dans les discussions sur leur avenir menées avec l’État français au cours des récentes années.

Conseil d’administration

Dans sa plainte, Anticor reproche d’abord à M. Kohler d’avoir accepté de siéger comme représentant de l’État au conseil d’administration de STX France à partir de 2010 alors qu’il « ne pouvait ignorer qu’il existait un conflit d’intérêts », l’armateur MSC ayant été fondé et dirigé par les cousins de sa mère.

Pour démontrer ces liens étroits, Anticor rappelle que ce haut fonctionnaire a voulu à deux reprises quitter son poste de directeur adjoint de cabinet au ministère de l’Économie pour rejoindre l’armateur.

La première fois, en avril 2014, la commission de déontologie, l’instance chargée de contrôler le départ des agents publics dans le secteur privé, s’était opposée à sa demande. Mais en août 2016, quand Emmanuel Macron avait démissionné du ministère de l’Économie, Alexis Kohler avait finalement obtenu le feu vert de la commission et avait rejoint MSC Croisières au poste de directeur financier.

Tout en occupant ces hautes fonctions chez l’armateur, il était devenu un membre actif de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron.

Durant cette période, Anticor soupçonne Alexis Kohler d’être intervenu comme cadre de MSC dans une réunion au ministère de l’Économie en mars 2017 sur la reprise de STX France, alors menacé de faillite.

STX France avait finalement fusionné avec son concurrent italien Fincantieri et MSC n’était pas monté au capital du groupe comme il le souhaitait.

Haut gradé

Neuf mois après son arrivée chez MSC, M. Kohler a rejoint M. Macron pour devenir son secrétaire général de l’Élysée, un poste de tour de contrôle crucial dans le fonctionnement de l’exécutif.

« C’est le seul » qu’Emmanuel Macron « écoute vraiment », assurait un proche du président au moment de sa nomination.

Interrogé par Mediapart, Alexis Kohler a déclaré qu’il a « toujours informé sa hiérarchie des situations dans lesquelles il aurait pu se trouver en conflit d’intérêts » et « s’est toujours déporté pour éviter lesdites situations ».