Espagne: l’arrivée de Pedro Sánchez signifie-t-elle un dégel de la crise catalane?

Pedro Sánchez a officiellement succédé à Mariano Rajoy samedi.
Photo: Emilio Naranjo Associated Press Pedro Sánchez a officiellement succédé à Mariano Rajoy samedi.

Le nouveau premier ministre socialiste et les sécessionnistes pourraient négocier une révision du statut d’autonomie de la Catalogne, l’Estatut, qui avait été sabré par le Tribunal constitutionnel en 2010.

Et si l’arrivée au pouvoir du socialiste Pedro Sánchez changeait du tout au tout la donne du conflit catalan ? Avec Mariano Rajoy aux manettes, la relation entre le pouvoir central et le camp sécessionniste était à couteaux tirés, sans le moindre embryon de dialogue, et marquée par une fermeté politico-judiciaire sans précédent depuis la fin du franquisme : huit leaders, accusés de « rébellion », sont derrière les barreaux ou réfugiés à l’étranger, à l’instar de l’ancien président régional Carles Puigdemont en Allemagne, et dont Madrid réclame l’extradition pour le juger.

En une seule journée, avec la chute du conservateur Rajoy après une motion de censure historique, la problématique apparaît sous un jour nouveau. Samedi, les deux intronisations ont été chargées d’une forte valeur symbolique : une demi-heure après le serment prêté devant le roi Philippe VI par Pedro Sánchez à Madrid, le séparatiste Quim Torra officialisait enfin la constitution de son gouvernement régional à Barcelone.

Une lune de miel ? Certainement pas : le leader catalan, qui ne cache pas être aux ordres de Carles Puigdemont, a immédiatement fait poser une pancarte sur le Palau de la Generalitat (le siège de l’exécutif catalan) en hommage aux « prisonniers politiques », les leaders séparatistes que leurs partisans estiment être victimes d’un « État répressif néofranquiste ». De son côté, Pedro Sánchez a affirmé qu’il « respecterait strictement la Constitution de 1978 », un texte qui prohibe sans ambages toute possibilité de sécession d’une partie du territoire, sauf consensus aujourd’hui impensable.

Des discussions

Pourtant, un certain dégel s’est déjà produit. Le leader socialiste, qui à la mi-mai défendait la nécessité de réformer le Code pénal dans un sens plus clément (« l’accusation de rébellion est liée à des coups d’État militaires, ce n’est pas le cas du défi catalan »), parle de résoudre le confit « par le dialogue ». Réponse en écho de Quim Torra, officiellement toujours déterminé à instaurer un « État indépendant sous la forme d’une République » : « Président Sánchez, parlons ! Prenons des risques ! Négocions de gouvernement à gouvernement ! »

La Constitution du gouvernement catalan, avec des ministres régionaux sans casier judiciaire cette fois-ci, a eu pour effet immédiat la suspension de l’article 155 : il y a sept mois, estimant que les Catalans sécessionnistes avaient tenté « une forme de coup d’État » en organisant le 1er octobre 2017 un référendum d’autodétermination illégal, le gouvernement Rajoy avait mis sous tutelle la turbulente Catalogne. Ce qui, dans la pratique, a supposé jusqu’à aujourd’hui le plein contrôle de ses finances, de sa police, de sa politique sanitaire ou éducative.

« Il y a désormais une réelle possibilité de rapprochement et de dissension, commente le journaliste Pablo Ordaz. L’obstacle majeur, à mon sens, est la figure de Puigdemont qui depuis son exil volontaire en Allemagne, n’a pas intérêt à ce que le climat se détende. » De source socialiste, Pedro Sánchez et Quim Torra pourraient négocier une révision du statut d’autonomie de la Catalogne, l’Estatut, qui avait été sabré par le Tribunal constitutionnel en 2010 — le déclic de l’aventure sécessionniste. « La situation est favorable, affirme le journal La Vanguardia. Le rapprochement réel dépendra de la patience des indépendantistes et de la sincérité du gouvernement socialiste. »