Les populistes au pouvoir en Italie avec Giuseppe Conte comme premier ministre

Le premier ministre, Giuseppe Conte, s'adresse aux médias.
Photo: Fabio Frustaci ANSA via Associated Press Le premier ministre, Giuseppe Conte, s'adresse aux médias.

L’Italie s’est dotée jeudi soir d’un gouvernement populiste avec la nouvelle désignation de Giuseppe Conte au poste de premier ministre, après un compromis auquel sont parvenus les chefs de file du Mouvement cinq étoiles (M5S, antisystème) et de la Ligue (extrême droite).

Cette fois, le président Sergio Mattarella a validé la liste des membres de l’équipe gouvernementale âprement négociée par les deux alliés pour appliquer le programme antiaustérité et sécuritaire sur lequel ils s’étaient accordés il y a près de deux semaines.

Les deux dirigeants des antisystème et de l’extrême droite, Luigi Di Maio et Matteo Salvini, deviennent ainsi vice-premiers ministres, le premier étant chargé du Développement économique et le second de l’Intérieur, a annoncé dans la soirée Giuseppe Conte.

Le ministère de l’Économie et des Finances revient à Giovanni Tria, un professeur d’économie politique proche des idées de la Ligue, en particulier sur la baisse radicale et la simplification des impôts, mais résolument pour le maintien de l’Italie dans l’euro.

Paolo Savona, l’économiste de 81 ans au départ pressenti pour ce poste, mais qui faisait peur à l’Union européenne parce qu’il prône un « plan B » contre l’euro, est quant à lui ministre des Affaires européennes.

Et c’est le très européen Enzo Moavero Milanesi, qui a travaillé pendant 20 ans à Bruxelles et a été ministre des Affaires européennes de Mario Monti et d’Enrico Letta (2011-2014), qui est placé aux Affaires étrangères.

Le gouvernement doit prêter serment vendredi à 16 h (10 h, heure de Montréal).

« Toutes les conditions sont réunies pour un gouvernement politique M5S-Ligue », avaient annoncé Luigi di Maio (M5S) et Matteo Salvini (Ligue) dans un communiqué transmis par le M5S à l’issue d’une après-midi de discussions venue conclure près de trois mois de tractations.

Dans la foulée, Carlo Cottarelli, qui avait été chargé lundi de former un gouvernement d’experts après l’échec de la première tentative de M. Conte, avait remis son mandat au président jeudi soir, ouvrant la porte à la convocation de M. Conte.

Ce dernier, un juriste de 53 ans novice en politique choisi par MM. Di Maio et Salvini il y a deux semaines, avait encore assuré dans la matinée son cours de droit privé à Florence.

Déjà nommé il y a huit jours, il avait jeté l’éponge dimanche soir après le veto du président à la nomination de M. Savona.

Selon des sources à la présidence, la prestation de serment du nouveau gouvernement pourrait avoir lieu dès vendredi matin. Les médias évoquent un discours de politique générale et un vote de confiance lundi et mardi dans les deux chambres du Parlement.

Les Italiens pour l’euro

« Engagement, cohérence, écoute, travail, patience, bon sens, tête et coeur pour le bien des Italiens. Peut-être qu’on y est enfin, après tant d’obstacles, d’attaques, de menaces et de mensonges », s’est réjoui M. Salvini sur Facebook.

Même si le chef du gouvernement sortant, Paolo Gentiloni, est toujours en place, le temps presse : l’Italie aurait besoin d’un premier ministre pour le défilé militaire de samedi, le jour de la fête nationale, et pour le G7 de La Malbaie la semaine prochaine au Canada.

Alors qu’une extrême incertitude a prévalu toute la journée de jeudi, les marchés financiers ont maintenu leurs gains de mercredi.

La Bourse de Milan a terminé à l’équilibre, avec une baisse de 0,06 % au lendemain d’une hausse de 2 %, et le « spread », l’écart très surveillé entre les taux allemand et italien à dix ans qui avait franchi la barre des 300 points mardi, a continué à baisser pour atteindre 238 points.

Selon deux sondages diffusés mercredi par les médias, entre 60 et 72 % des Italiens souhaitent un maintien dans l’euro et M. Di Maio répète que le M5S ne souhaite pas un abandon par son pays de la monnaie européenne. La position de la Ligue est moins claire : M. Salvini n’envisage pas une sortie unilatérale, mais considère l’euro comme un échec et croit que l’UE devra tôt ou tard y renoncer.