Un apôtre de l’austérité à la tête de l'Italie

L’économiste italien Carlo Cottarelli quittant le palais présidentiel, lundi
Photo: Angelo Carconi Associated Press L’économiste italien Carlo Cottarelli quittant le palais présidentiel, lundi

Le président italien, Sergio Mattarella, a chargé lundi Carlo Cottarelli, incarnation de l’austérité budgétaire, de former un gouvernement déjà vilipendé par les populistes pour préparer de nouvelles élections, à l’automne ou « au plus tard » au début 2019.

M. Cottarelli, 64 ans, ancien haut responsable du Fonds monétaire international (FMI) et surnommé « M. Ciseaux » pour son rôle dans la réduction des dépenses publiques en 2013-2014, prend ainsi le relais, après le veto spectaculaire de M. Mattarella à un exécutif alliant le Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) et la Ligue (extrême droite) sans garantie du maintien de l’Italie dans l’euro.

La démarche n’a pas suffi à rassurer les marchés financiers : la Bourse de Milan a clôturé en baisse de 2,09 %, tandis que le « spread », l’écart très suivi en Italie entre les taux d’emprunt à dix ans allemand et italien, a bondi à 235 points, son plus haut niveau depuis novembre 2013.

Actuel directeur de l’Observatoire des comptes publics, M. Cottarelli a promis de présenter « très rapidement » son gouvernement avant de se présenter devant le Parlement, où il n’a cependant quasiment aucune chance d’obtenir un vote de confiance : le M5S et la Ligue, majoritaires, sont vent debout contre sa nomination.

Si jamais il obtenait le vote de confiance — que seul le Parti démocrate (PD, centre gauche) semble disposé à lui donner –, M. Cottarelli veut faire adopter le budget 2019 avant des élections anticipées en début d’année prochaine. Si le Parlement le rejette, il se contentera de gérer les affaires courantes jusqu’à des élections « après le mois d’août ».

Rage chez les élus

« Tout ça n’est pas la démocratie, ce n’est pas le respect du vote populaire. C’est seulement le dernier soubresaut des pouvoirs forts qui veulent une Italie esclave, appauvrie et précaire », s’est insurgé Matteo Salvini, le patron de la Ligue.

Et M. Salvini d’avertir : « Les élections seront un plébiscite, le peuple et la vraie vie contre les vieilles castes et ces messieurs du spread ! »

M. Di Maio, chef de file du M5S, a évoqué sur Facebook « la nuit la plus sombre de la démocratie italienne » et a appelé ses partisans à se mobiliser en plaçant un drapeau tricolore à leur fenêtre et à se rassembler à Rome le 2 juin, jour de fête nationale et de parade militaire dans la capitale.

M. Di Maio a répété qu’il comptait sur le soutien de la Ligue — qui ne s’est pas prononcée — pour obtenir la destitution de M. Mattarella, une procédure parlementaire, cependant uniquement ouverte en cas de « haute trahison » ou d’« atteinte » à la Constitution de la part du chef de l’État.

Dimanche soir, M. Mattarella a refusé de nommer Paolo Savona au ministère des Finances, alors que MM. Salvini et Di Maio refusaient d’envisager un autre nom que cet économiste anti-euro, obligeant Giuseppe Conte, le juriste novice en politique choisi par les deux alliés, à jeter l’éponge.

« Le président Mattarella n’a fait qu’exercer ses pouvoirs constitutionnels », a cependant résumé Massimo Luciani, président de l’association des constitutionnalistes italiens.