L’impasse sur un gouvernement d’union en Italie se prolonge

Matteo Salvini, chef de la Ligue
Photo: Andreas Solar Agence France-Presse Matteo Salvini, chef de la Ligue
La formation politique d’extrême droite la Ligue a posé lundi soir ses conditions en matière de lutte contre l’immigration ou de rapports avec l’Union européenne pour former un gouvernement d’union avec le Mouvement 5 étoiles, qui a demandé « quelques jours » de plus pour discuter.

« Comme nous sommes en train d’écrire ce qui sera le programme du gouvernement pour les cinq prochaines années, il est important pour nous de l’achever au mieux, c’est pourquoi nous avons demandé quelques jours de plus », a déclaré Luigi Di Maio, chef de file du M5S, à l’issue d’un entretien de 45 minutes avec le président de la République, Sergio Mattarella.

Reçu un peu plus tard, à l’issue de plusieurs jours d’intenses tractations, le patron de la Ligue, Matteo Salvini, s’est montré beaucoup moins conciliant. « Si je vais au gouvernement, je veux faire ce que j’ai promis aux Italiens », a-t-il martelé, assurant que dans la mesure où les sondages le donnaient en hausse, son parti ne craignait pas de retourner en élections en cas d’échec des discussions.

Il a ainsi réclamé que la Ligue ait « les mains libres » pour lutter contre l’immigration clandestine « et garantir la sécurité des citoyens », en particulier via une libéralisation de la légitime défense.

Eurosceptique
Concernant l’Union européenne, « les Italiens ont voté pour nous pour aller à Bruxelles et Strasbourg afin de remettre au centre les thèmes de l’emploi des Italiens, de la dignité du travail, de la défense de l’agriculture, du « Fabriqué en Italie », de la pêche », a déclaré le patron de la Ligue.

« Je dois débloquer la possibilité de dépenser de l’argent qui est bloqué par des verrous et des règles extérieures », a-t-il insisté. « Soit je parviens à donner vie à un gouvernement qui rediscute ces blocages, soit ce sont des chimères. Le gouvernement se mettra en route s’il a les moyens d’agir ».

Et pour appuyer son propos, il s’est de nouveau présenté comme le représentant des 12 millions d’électeurs de la coalition droite/extrême droite (37 % des voix lors des législatives du 4 mars dernier), même si ses partenaires, Silvio Berlusconi et son parti en tête, ne l’ont pas suivi.

Le M5S, premier parti du pays avec plus de 32 % des voix, refuse cependant toute référence à cette coalition, expliquant ne discuter qu’avec la Ligue, qui a recueilli en propre seulement 17 % des voix.

Depuis le début des discussions la semaine dernière, la synthèse n’est pas simple entre la Ligue, formation nationaliste qui a fait le plein des voix dans le Nord sur la promesse de baisses massives d’impôts, et le M5S, plus ambivalent sur l’Union européenne et plébiscité par le Sud pour avoir promis un revenu de citoyenneté. Dans ce contexte, le mystère de l’identité du futur chef du gouvernement est passé au second plan.

Si M. Salvini a évoqué des discussions « parfois animées », M. Di Maio s’est dit « satisfait » de leur climat et de ce que le M5S « a obtenu sur le revenu de citoyenneté, la réforme des retraites, les coupes dans le gaspillage […], sur la lutte contre la corruption, la prison pour les coupables d’évasion fiscale ».

Chaque camp s’opposant fermement à la désignation du chef de l’autre, la presse évoque la recherche d’une personnalité compatible avec les deux sans être trop liée à l’un ou à l’autre, susceptible de faire autorité au plan international et de rendre compatible avec Bruxelles la tonalité eurosceptique du futur exécutif.

M. Di Maio a expliqué à la presse qu’il s’était accordé avec M. Salvini pour ne rendre aucun nom public avant d’en avoir parlé avec le président.