La réponse de l’État français aux violences du 1er-Mai est critiquée de part et d’autre

À gauche comme à droite, de nombreuses voix ont regretté que la police ait tardé à intervenir face aux casseurs.
Photo: Thomas Samson Agence France-Presse À gauche comme à droite, de nombreuses voix ont regretté que la police ait tardé à intervenir face aux casseurs.

Les violences qui ont émaillé le défilé du 1er-Mai à Paris ont viré à la polémique mercredi en France sur la réponse des forces de l’ordre et du gouvernement, accusé de faiblesse par certains ou, au contraire, d’avoir sciemment laissé faire par d’autres.

Même si le bilan de ces heurts est léger, avec quatre blessés sans gravité dont un policier, les images des dégradations ont complètement pris le pas sur les revendications sociales de cette traditionnelle manifestation syndicale.

Un restaurant McDonald en feu, quelques voitures renversées : près de « 1200 black blocs », selon une estimation de la police, se sont glissés au sein d’un pré-cortège de 14 500 personnes pour jeter des pavés, incendier deux commerces et casser du mobilier urbain avant d’être chassés à coups de lances à eau et de gaz lacrymogènes.

Quarante-trois personnes soupçonnées d’avoir pris part aux violences ont vu leur garde à vue prolongée mercredi soir, a annoncé le parquet de Paris.

Au total, 102 personnes (87 majeurs et 15 mineurs), au lieu du chiffre de 109 annoncé dans la journée, avaient été placées en garde à vue, a précisé le parquet dans un nouveau décompte.

Depuis l’Australie, où il est en visite, le président Emmanuel Macron a condamné une nouvelle fois « avec la plus grande fermeté ce qui s’est passé ». « Le 1er-Mai est la journée des travailleurs, pas la journée des casseurs », a-t-il martelé.

À Paris, le premier ministre Édouard Philippe a assuré qu’il n’y avait eu, « en aucune façon, défaillance de l’État ». « J’espère que tous ceux qui se sont rendus coupables de ces actes seront sévèrement punis », a-t-il ajouté sur la chaîne d’information continue BFMTV, disant « ne pas exclure » de demander la dissolution « d’associations ».

Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, a promis, lui, « encore plus de forces de l’ordre » lors des prochaines manifestations prévues contre les réformes de Macron, alors que la France est secouée par une série de contestations sociales, notamment dans le rail.

Mais si l’exécutif se veut inflexible, il n’échappe pas à la critique, entre ceux qui pointent la mise à mal de l’autorité de l’État et ceux qui l’accusent d’avoir laissé le champ libre aux casseurs pour jeter le discrédit sur le mouvement social.

Le président des Républicains, Laurent Wauquiez, a dénoncé dans un tweet la « faillite de l’État régalien », affirmant qu’il était « urgent de rétablir l’autorité ».

L’une des porte-parole des Républicains, Lydia Guirous, a directement raillé Emmanuel Macron, qui « continue son road show de banquier d’affaires en Australie en oubliant les Français ».

La présidente du Front national, Marine Le Pen, a de son côté déploré le fait que « le pouvoir de gauche fait preuve d’une mansuétude et maintenant on peut presque dire d’une complicité » à l’égard de « ces milices d’extrême gauche ».

À gauche, de nombreuses voix aussi ont regretté que la police ait tardé à intervenir face aux casseurs, dont la présence était pourtant annoncée, certains promettant même un « 1er-Mai en enfer » sur les réseaux sociaux.

Ces individus sont « repérables », a fustigé le patron du syndicat CGT, Philippe Martinez. « Pourquoi nous, on le voit, et qu’il ne se passe rien, et que la manifestation d’après, ça recommence ? » a-t-il demandé.

« La question c’est : à qui sert en fait le crime ? » a ajouté le chef du Parti socialiste, Olivier Faure. « Visiblement, les consignes qui ont été données n’étaient pas celles de la fermeté a priori, mais de la fermeté a posteriori », a-t-il ajouté, réclamant la création d’une commission d’enquête parlementaire.

Face aux critiques implicites accusant le pouvoir de passivité stratégique, le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, a assuré que les forces de l’ordre « ne pouvaient pas intervenir sans craindre de faire des dégâts collatéraux » à cause de la présence des blacks blocs au sein même du cortège.

« Nous voulions éviter qu’il y ait des blessés, voire des morts », a souligné le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb.