L’organisation séparatiste basque ETA annonce sa dissolution

La mort d’un policier dans un attentat à la voiture piégée attribué à l’ETA à Bilbao, en 2009, avait provoqué une vaste réponse populaire.
Photo: A. Arrizurieta Agence France-Presse La mort d’un policier dans un attentat à la voiture piégée attribué à l’ETA à Bilbao, en 2009, avait provoqué une vaste réponse populaire.

Après des décennies d’attentats qui ont fait des centaines de morts en Espagne et en France, l’organisation séparatiste basque ETA a annoncé mercredi sa dissolution, mettant fin à la dernière insurrection armée d’Europe occidentale.

Dans une lettre datée du 16 avril et publiée par le journal en ligne espagnol eldiario.es, la faction clandestine qui a tué au moins 829 personnes en 43 ans écrit avoir « décidé de mettre fin à son cycle historique et à sa fonction » et « dissous complètement toutes ses structures ».

La publication de cette lettre devance l’annonce formelle de la dissolution de l’ETA, attendue sous la forme d’une vidéo qui devrait être diffusée jeudi par la radio télévision britannique BBC. Décimée par les arrestations de ses chefs en France, rejetée par la population, l’organisation classée comme terroriste par l’Union européenne avait déjà renoncé à la violence en 2011.

L’annonce a laissé sur leur faim les victimes des attentats, qui demandent de l’ETA un vrai repentir et la résolution de 358 crimes encore inexpliqués, et ne réglera pas le sort des prisonniers de l’organisation qui demandent à être incarcérés plus près de leurs familles.

D’autant que l’ETA affirme que « Euskal Herria », le territoire dont elle réclame l’indépendance, comprenant le Pays basque espagnol et français et la Navarre, reste « en conflit avec l’Espagne et la France ».

Un haut responsable du gouvernement basque a déclaré à l’AFP que cette lettre n’était pas encore l’annonce définitive de la dissolution de l’organisation clandestine qui a fait au moins 829 morts de 1968 à 2010 dans une série d’assassinats, d’enlèvements et d’attentats à la bombe qui fauchaient femmes et enfants.

Dans le plus spectaculaire, en 1973, un commando assassina à Madrid l’amiral Luis Carrerro Blanco, successeur présumé de Franco. Les Espagnols frondeurs plaisantaient alors sur l’explosion qui avait projeté la voiture à des dizaines de mètres de hauteur.

En 1997, la population excédée descend dans la rue au cri de « Basta ya ! » (ça suffit) après l’enlèvement et l’exécution d’un jeune conseiller municipal basque, Miguel Angel Blanco.

La dissolution attendue laisse ses victimes insatisfaites. Un message diffusé le 20 avril où l’organisation clandestine regrettait « les torts causés », mais ne demandait pardon qu’aux seules victimes qui n’étaient pas parties au « conflit » les avait indignées. Leurs représentants ont exigé que l’ETA reconnaisse ses responsabilités, condamne la terreur et cesse de rendre des hommages publics à ses militants.

Dans une conférence de presse à Saint-Sébastien, la ville du Pays basque la plus frappée par les attentats, le Collectif des victimes du terrorisme au Pays basque (COVITE) appuyé par des intellectuels a refusé que l’ETA « remette les compteurs à zéro ».

Une pétition, lancée dimanche par une centaine d’intellectuels et de victimes, a déjà recueilli plus de 40 000 signatures sur la plateforme change.org.

« La cruelle histoire de l’ETA ne peut pas rester impunie », soutiennent les auteurs de la pétition, qui insiste aussi pour qu’elle fasse la lumière sur ses crimes encore non élucidés.

« Ce n’est pas la fin de l’ETA que nous voulions. […] Elle aurait dû être différente », a déclaré la présidente du COVITE, Consuelo Ordoñez.

Le gouvernement espagnol a déjà prévenu qu’il n’était disposé à aucune concession.

« Les membres de l’ETA n’ont rien obtenu pour avoir cessé de tuer, et ils n’obtiendront rien en échange d’une déclaration de ce qu’ils appellent une dissolution […] Les forces de sécurité espagnoles continueront à poursuivre les terroristes là où ils se trouvent », a déclaré mercredi le ministre de l’Intérieur, Juan Ignacio Zoido.