En Arménie, le chef de l’opposition se dit prêt pour le pouvoir

L’opposant arménien Nikol Pachinian a réuni dimanche des dizaines de milliers de ses partisans à Erevan, auxquels il a promis la « victoire de la révolution de velours », se disant « prêt » à devenir premier ministre.
Une foule hétéroclite de manifestants, composée de jeunes, mais aussi de leurs parents et grands-parents, s’est réunie en fin d’après-midi sur la place de la République, au coeur de la capitale de l’Arménie, à l’appel du chef de la contestation antigouvernementale.
Depuis le 13 avril, le petit pays du Caucase du Sud est secoué par une vague de manifestations ayant poussé à la démission lundi dernier le premier ministre Serge Sarkissian, qui venait d’être élu à ce poste par les députés après avoir été président pendant dix ans. Un nouveau chef de gouvernement doit être élu mardi lors d’une session extraordinaire du Parlement.
Une frange importante de la population reproche à M. Sarkissian, un ancien militaire de 63 ans, de n’avoir pas su faire reculer la pauvreté et la corruption pendant ses dix ans passés au pouvoir et d’avoir laissé aux oligarques le contrôle de l’économie de ce pays de 2,9 millions d’habitants.
« Le 1er mai, notre victoire sera formellement scellée », a promis Nikol Pachinian, seul candidat déclaré pour l’instant au poste de premier ministre.
À la tête du mouvement de protestation, cet ancien journaliste et opposant de longue date a reçu le soutien du parti de l’Arménie prospère, qui dispose de 31 sièges au Parlement, et du parti Fédération révolutionnaire arménienne (sept sièges). Il peut également compter sur les neuf votes de la coalition Yelk, soit un total de 47 voix.
Pour être élu, M. Pachinian doit obtenir le vote de 53 des 105 députés : il aura donc besoin de quelques transfuges du Parti républicain, qui détient avec 58 sièges la majorité absolue au Parlement. Ce parti a annoncé qu’il attendrait de connaître le nom de tous les candidats pour arrêter sa position quant à proposer — ou non — une candidature. « Si trois forces politiques parlementaires soutiennent un seul candidat pour l’élection du premier ministre, alors le Parti républicain ne s’y opposera pas », a d’ores et déjà dit aux journalistes Vagram Bagdassarian, le porte-parole du groupe parlementaire de la formation politique.
« Les députés du parti au pouvoir semblent ne pas vouloir être un obstacle à ma candidature », a confirmé Nikol Pachinian, qui a annoncé vouloir une réunion avec cette formation politique.
Pour certains observateurs, M. Pachinian devrait pouvoir rallier certains députés du Parti républicain. « Je suis sûr qu’au moins six personnes du Parti républicain — comme des rats qui quittent le navire — voteraient pour Pachinian », a déclaré à l’AFP l’expert Ervand Bozoïan.
Nikol Pachinian est parti ces derniers jours à la rencontre de ses partisans à travers l’Arménie, accueilli en héros dans des villes et des villages.
Cette crise politique déstabilise l’Arménie, un petit État enclavé du Caucase du Sud, fragilisé par un conflit territorial avec son voisin l’Azerbaïdjan depuis des décennies, et dépendant en majeure partie des investissements et de l’aide de la Russie, dont elle abrite une base militaire.
Après deux semaines d’immobilisme, du moins en public, Moscou a semblé vouloir se positionner en tant que médiateur : jeudi, Vladimir Poutine s’est entretenu au téléphone avec le chef de gouvernement par intérim Karen Karapetian.
De son côté, Nikol Pachinian a rencontré des députés russes, leur assurant qu’une fois au pouvoir il ne mettrait pas en danger les bonnes relations qu’entretiennent Erevan et Moscou.
Washington a pour sa part appelé samedi à « une solution qui reflète les intérêts de tous les Arméniens ».