La ministre britannique de l’Intérieur démissionne

Amber Rudd, 54 ans, était sur la sellette depuis plusieurs jours après la révélation que ses services avaient des objectifs chiffrés pour expulser les immigrants clandestins.
Photo: Alastair Grant Associated Press Amber Rudd, 54 ans, était sur la sellette depuis plusieurs jours après la révélation que ses services avaient des objectifs chiffrés pour expulser les immigrants clandestins.

Londres — La ministre britannique de l’Intérieur, Amber Rudd, a présenté sa démission à la première ministre, Theresa May, qui l’a acceptée, a annoncé Downing Street tard en soirée dimanche.

« La première ministre a accepté ce soir la démission de la ministre de l’Intérieur », a déclaré un porte-parole.

Amber Rudd, 54 ans, était sur la sellette depuis plusieurs jours après la révélation que ses services avaient des objectifs chiffrés pour expulser les immigrants clandestins. Elle avait nié être au courant de l’existence de tels objectifs devant une commission parlementaire, et s’est vue accusée d’avoir trompé les députés.

La démission de cette fidèle des fidèles, ministre de l’Intérieur depuis 2016, est un coup dur pour Theresa May, qui va affronter le 3 mai prochain des élections locales à valeur de test pour son gouvernement conservateur, déjà déchiré par le Brexit et qui dispose d’une très mince majorité au parlement.

L’Affaire « Windrush »

Amber Rudd paie pour le scandale dit de Windrush — le traitement des immigrants d’origine caribéenne arrivés au Royaume-Uni après la Seconde Guerre mondiale —, qui a suscité une vague de colère dans le pays.

Les milliers d’immigrants venus des pays du Commonwealth entre 1948 — quand le Windrush, premier bateau avec à bord des immigrants des Caraïbes, a accosté près de Londres — et le début des années 1970, pour reconstruire le pays après le conflit mondial de 1939-1945, avaient obtenu le droit de rester indéfiniment. D’autant que certains d’entre eux avaient la nationalité britannique, car nés pendant la période coloniale.

Mais ceux qui n’ont jamais réclamé de papiers d’identité en bonne et due forme se sont retrouvés traités comme des immigrants illégaux, courant le risque d’être expulsés s’ils ne fournissaient pas de preuve pour chaque année de présence au Royaume-Uni.

Face au tollé soulevé par ces menaces d’expulsion, Theresa May avait été contrainte de s’excuser auprès des dirigeants de ces pays lors d’un sommet du Commonwealth à Londres il y a deux semaines.

Lundi dernier, Amber Rudd avait dit « profondément regretter » cette situation, soulignant « l’importante contribution de la génération Windrush » au Royaume-Uni, et avait annoncé qu’ils pourraient obtenir la nationalité gratuitement.

Amber Rudd s’est à nouveau retrouvée en difficulté lorsqu’il est apparu que ses services avaient des objectifs chiffrés sur le nombre d’immigrants clandestins à refouler.

La ministre avait dans un premier temps nié avoir connaissance de tels objectifs, devant une commission parlementaire, mercredi dernier. Mais de nouvelles révélations, notamment dans le quotidien The Guardian, sur l’existence d’un document intérieur semblant prouver qu’elle était au courant ont rendu sa ligne de défense de moins en moins tenable.